Végétariens vs carnivores : le choc des civilisations

Chers amis,
Il y a quelques temps, je vous racontais comment j’étais devenue végétarienne.
« Pourquoi donc revenir sur le sujet, diablesse ? », pourrais-tu donc protester.
Et bien, mécréant, je m’autorise cette redite, car depuis un an et demi, mon végétarisme s’est mesuré au monde et à ses habitants.
Et les réactions qu’il inspire, loin de me décevoir, m’ont plutôt fascinée.  Que tu sois carnivore ou végétarien, cela te concerne.

Prenez n’importe quel contexte ordinaire qui vous oblige à dire « je suis végétarien/ne ». Par exemple :
– en soirée, quelqu’un vous tend un roulé à la saucisse
– ayant déjà décliné le pâté, le saucisson, le sanglier, vous répondez : « non merci, je suis végétarien/ne »
– immédiatement, la musique se coupe, les convives cessent de parler, et l’homme à la saucisse, la mine tragique, vous dit invariablement :

1- « Mais… ça t’est arrivé quand ? »
Ca commence TOUJOURS comme ça. Vous annoncez que vous êtes végétarien, et le visage de votre interlocuteur se répand vers le bas comme une glace au soleil. C’est comme si vous veniez d’annoncer que vous avez eu un cancer, les deux jambes mangées par une orque, ou que vous aimez trop les enfants. En donnant votre réponse, vous entendez votre voix sombrer dans une ambiance plus plombée qu’un requiem.

2- « Mais, tu fais ça pour les animaux ? »
Passé le choc initial, votre interlocuteur essaye de faire preuve d’empathie, et cherche à comprendre vos motivations. Etes vous devenus trop sensible au destin des bêtes après avoir visionné une fois de trop la pub 30 millions d’amis (« non mais t’es sérieux ? Un animal, ça ne pleure vraiment pas ? ») ? La viande vous procure-t-elle des gaz ? Vous avez entendu une histoire d’intoxication qui vous a traumatisé ? etc.
Passée l’étude des causes, c’est tout naturellement qu’on bascule vers les modalités pratiques.

3- « Donc tu ne manges pas de poulet ? »
Cette version végétarienne du « Pourquoi, fallait que j’en prende ? » peut laisser perplexe, et pourtant… Elle surgit plus souvent qu’on ne le croit. Je n’ai ni explication, ni théorie sur le sujet. Une seule certitude si vous vous sentez concerné par cette réplique : il peut être utile de reprendre vos classeurs de 6ème de Sciences de la Vie et de la Terre.

4- « Donc tu ne manges pas d’oeuf ? »
Là encore, impossible de savoir si les personnes qui posent cette question commettent simplement une confusion entre végétarien et végétalien… ou si elles croient que l’oeuf est un animal. Dans ce cas, peut-être versent-elles des larmes amères devant les briques de lait, pauvres petits arrachés trop tôt au sein de leur mère.

5- « Donc tu ne manges pas de foie gras ? »
Toujours plus loin, toujours plus fort, cette réplique porte le label « scène vécue ».
Comme vous vous en doutez, bien que végétarienne, je m’autorise évidemment une exception pour ce mets savoureux qui associe dégustation d’organe et summum de la maltraitance animale. Les jours où je me livre à des orgies de foie gras, je revêts pour l’occasion une toque en fourrure de renard et de lapin. Et me passe un CD d’enregistrement de tapettes à souris, qui font de formidables percussions.

Interlude : à ce moment là, une personne normale décroche et change de sujet. Une personne très carnivore (ou qui manque simplement de sujet de conversation) va vous coincer dans les cordes pour poursuivre son enquête. Régulièrement, c’est ici que la discussion quitte le coquet chemin de la curiosité pour rejoindre l’autoroute de la controverse.

6- « Ohlalalalalalala, moi je ne pourrais pas »
Bien que vous vous en fichiez, et que vous n’ayez jamais cherché à le convertir, cet individu tient à vous le dire : il ne pourrait pas être végétarien. Non pas qu’il ait déjà essayé, mais il le sait, parce qu’il adore la viande, parce qu’il manque de fer, parce qu’il ne saurait pas cuisiner des légumes, parce que quand-même-un-peu-de-saucisson-à-l’apéro, parce que si c’est comme ça on ne bouffe plus rien, parce qu’un animal c’est con…
Si vous êtes végétarien et subissez ce discours, soyez patient.

7- « Mais alors, tu dois avoir des tonnes de carences ! »
En fait non, pas du tout. Mais merci.
Si vous êtes végétarien et subissez ce discours, imaginez votre interlocuteur se faire piétiner par une vache.

8- « Si tu n’as pas de carences, ça veut dire que tu manges du tofu ???!!! »
Cette réplique est systématiquement prononcée avec une grimace d’horreur et de dégout. Ce qui vous permet de répondre avec enthousiasme :  « Bien sûr, je mange du tofu ! Mais attention, je ne le cuisine pas, hein ! Je fais en sorte que ce soit vraiment dégueulasse. En fait, je le sors de son sachet plastique et je le mange en snack, comme ça, cru et sans rien. Un peu comme tu fais avec tes chipolatas, en fait ! »
Chers amis, j’aimerais qu’on en finisse avec les clichés sur la bouffe végétarienne infâme. Ok, les restaurants macrobiotiques ont fait beaucoup de mal à la réputation des végétariens. Presque autant que les allemands aux Birkenstock et à l’épilation d’aisselle. Mais c’est fini maintenant. Il faut savoir tourner la page. Pensez à la gastronomie italienne, libanaise, indienne. Détendez-vous.

9- « Si tout le monde faisait comme toi, il n’y aurait pas assez de place pour les récoltes »
Une réplique comme celle-ci ne peut-être que l’oeuvre d’une personne qui croit que Wikipedia est une encyclopédie. Le genre de personne qui place la science au pinacle, mais la pratique au niveau poussin-amateur. Invitez-la à méditer sur la part de l’agriculture consacrée à l’alimentation du bétail, et à relire « Ainsi parlait Haroun Tazieff » de Freddy Nietzsche.

10- « Tu verras, ça va te passer »
Pour certains de vos amis, confesser votre nouvelle fascination pour le végétal serait comparable à leur présenter un mec monstrueusement hideux et débile en leur disant « Je l’aime ! ». Dans un cas comme dans l’autre, incrédules et horrifiés, ils ne peuvent que déduire que ce que vous lui trouvez ne regarde que votre intimité.
Ainsi, s’ils supposent que vous avez découvert dans les concombres et courgettes un plaisir peu ordinaire, ils sont convaincus que bientôt, vous vous lasserez pour revenir à la raison et à la jouissance authentique : l’alimentation carnée approuvée par tous.

11- « Donc tu vas finir à élever des chèvres dans le Larzac »
Or, il arrive que votre entourage constate que votre végétarisme ne vous passe pas. C’est alors qu’il commence à s’inquiéter. Tout comme la première cigarette mène invariablement au shoot d’héroïne, arrêter la knacki fait chuter lentement vers la marginalisation. En fait, vos proches s’en rendent compte maintenant : ils auraient dû vous arrêter quand vous avez jeté votre télévision. Depuis, vous êtes sur une pente très glissante. Bientôt, vous allez arrêter de vous peigner. Vous allez épouser un paysan. Vous accoucherez dans une yourte et passerez du Manu Chao à votre nourrisson…
Et quand ce dernier aura grandi et sera en âge d’être traumatisé par Bambi, vous ne lui cuisinerez même pas une petite côtelette pour le consoler.

 

Commentaire subsidiaire pour les âmes sensibles à ma méchanceté :
Oui, je sais, si certains carnivores sont ignorants, il serait préférable de leur répondre avec douceur et pédagogie, plutôt qu’avec moquerie. Mais que voulez-vous, les végétariens sont des personnes comme les autres : il arrive parfois (par exemple en voyant la 1000ème tête dégoutée à l’évocation du tofu), que nous manquions tout simplement de patience et d’empathie.


Illustration : Simon Sek

Sport. Dignité. Sudation.

S’inscrire à un cours de sport fait partie des ordinaires résolutions de la rentrée. En revenant de vacances, on se sent suffisamment énergique pour manger 5 fruits et légumes par jour et pratiquer une activité physique régulière. Flairant l’opportunité et voulant nous aider à passer le cap, les clubs de sport proposent quantité de cours d’essai gratuits.
Afin de te faire gagner du temps et de la sueur, je me suis permis d’en tester un pour toi : le cours de fitness.

Version féminine du cours de boxe, le cours de fitness s’adresse aux personnes qui ont envie de se défouler. S’il ne permet hélas pas de frapper des innocents volontaires, le cours de fitness présente l’avantage de préserver l’intégrité de tes cloisons nasales.
Il existe plusieurs types de cours de fitness. Pour cette enquête, j’ai demandé à l’accueil du club de m’orienter vers celui qui défoule « vraiment ».
La personne interrogée m’a répondue « Ce soir, on a un cours très très cardio, chorégraphié, et qui demande beaucoup de force. Ca s’appelle Body Attack. Tu devrais vraiment le sentir passer ».

Absolument tout dans ces 3 phrases aurait dû m’alerter. Ne serait-ce que l’intitulé « Body Attack ». Dans quel contexte utilise-t-on ce mot, normalement ?
Attaque cardiaque ?
Attaque de requin ?
Attaque à main armée ?
Au lieu d’être réaliste et de reculer calmement vers la sortie, j’ai répondu : « Cool ! A tout à l’heure ! ».

Me voici donc de retour le soir même dans l’antre de la dépense physique et calorique.
La prof de Body Attack est dynamique. Très dynamique. Elle parle extrêmement fort, d’une manière à la fois commerciale et autoritaire. N’eut été son jeune âge, je soupçonnerais 20 ans passés au service Radio de la Légion. Elle commence par « J’ESPERE QUE VOUS ETES PRETES PARCE QUE CA VA ETRE VRAIMENT INTENSE ! WOU ! »
A ce moment là, je ne panique pas.

Quand elle lance à 3000 décibels un tube de David Guetta, j’ai déjà un peu plus peur. Mais avant que mes oreilles ne se mettent à saigner, je ressens les vertus de cet indigent registre musical.
Pendant qu’elle nous fait courir sur place en agitant les bras comme des aliénés, je me demande combien de temps aurions-nous tenu le rythme en écoutant du Serge Reggiani.
La réponse : 2 minutes et 30 secondes.

En effet, il ne faut guère plus de temps pour comprendre le principe du Body Attack : enchaîner des mouvements très rapides qui engagent tout le corps, sans aucune pause. Jamais. Tu cours, tu poursuis avec 50 pompes, tu te relèves pour faire des bonds sur les côtés,  tu continues avec 60 swats, et ainsi de suite pendant 45 minutes. Alors, oui c’est extrêmement dur physiquement, et comme promis, ton corps « le sent passer ».
Ton ego aussi.

Vous savez comment est fichue une salle de fitness : comme une salle de danse. Du parquet au sol, et un immense miroir mural, pour observer tes mouvements. Or, dans un cours de fitness, tu n’as pas envie de voir ce que tu vois : ton teint aubergine. L’humidité invraisemblable de ton corps. Et surtout ton enveloppe physique en haute lutte. Car si les mouvements proposés par la prof ne se caractérisent déjà pas par leur grâce, la libre interprétation que tu en fais est totalement obscène de ridicule.

Car le Body Attack te fait découvrir que tu as de lourds problèmes psychomoteurs.  Bien que les consignes soient très claires (hormis quelques propos totalement hermétiques tels que « ABDOS TONIQUES POSITION BODY ATTACK ! »), c’est comme si les mots et les démonstrations de la prof ne s’imprimaient pas dans ton cerveau. « Vers la gauche », tu pars à droite. S’il faut taper dans tes mains, tu le fais systématiquement à contretemps… etc.

Pour ma défense, je n’étais pas la seule à faire régulièrement n’importe quoi. Dans l’ensemble, on n’avait pas vu telle hécatombe et telle anarchie depuis la bataille de Waterloo. La prof, en capitaine déterminée, faisait tout pour motiver ses troupes. Après avoir essayé la forme interrogative : « EST CE QUE VOUS ETES LA ? » et n’avoir récolté que quelques râles en réponse ; elle avait changé de stratégie grammaticale en nous haranguant avec des « DONNEZ TOUT ! WOU ! » ou « JE SAIS QUE VOUS ME DETESTEZ ! WOU ! » qui, au moins, n’exigeaient pas de commentaires.

Attirés tels des charognards par des proies mourantes, quelques hommes se pressaient à la porte de la salle avec un air goguenard. On a tous déjà fait ça : un cours de fitness est tellement absurde qu’on oublie qu’il s’agit de vrais gens, avec une dignité et un coeur qui bat. C’est une sorte de zoo, où les animaux s’ébattent en tenue de lycra.

Bref, je crois que ces spectateurs sont passés au moment où ma sueur tombait en grosses gouttes sonores sur le sol. Heureusement, les plocs étaient couverts par les soupirs d’une jeune-femme tombée par terre qui affirmait « je peux plus, j’en peux plus », soupirs eux-mêmes couverts par les encouragements de la prof : « RELEVE-TOI, NE RESTE PAS PAR TERRE ! WOU ! ». Et à l’adresse de toutes les autres, tentées de la rejoindre dans la vautre : « SI C’EST TROP DUR, PRENEZ L’OPTION FACILE ! ».

C’était un argument pourri. On savait depuis 35 minutes déjà que « L’option facile » était la plus grosse imposture de tous les temps.
Option normale : Faire des pompes sur un bras.
Option facile : Faire des pompes sur le bout des doigts.
Les profs de fitness aiment manifestement jouer sur les mots.

Pour revenir sur la sueur, qui est quand même un sujet important pour une femme du monde : je n’ai jamais vu ça. Nous ne nous contentions pas de transpirer. Nous étions devenues des brumisateurs humains. Notre corps dégageait de l’eau autour de nous dans un rayon d’un mètre.

Et c’est alors que nous en étions à échanger nos fluides corporels à distance que la prof nous a averties que nous entamions le dernier morceau. C’était l’occasion pour nous de livrer tout ce qu’il nous restait d’énergie (puisque nous n’avions sans doute, après le cours, rien prévu d’autre que mourir).

C’est ainsi que j’ai découvert que David Guetta composait des chansons extrêmement longues. Mais que je n’ai pas capitulé.

Mieux encore, lorsque le cours s’est terminé et qu’on a commis cet applaudissement général, qui autrefois m’aurait semblé aussi grotesque qu’applaudir à l’atterrissage d’un avion qui n’a pas failli se crasher en vol, j’étais heureuse. Violette mais heureuse. J’ai même placé un « WOU ! ». A contretemps.

Depuis, je ne peux plus descendre un escalier sans boiter.
Mais je suis inscrite au club.
L’histoire ne dit pas si l’engagement passera l’automne.

PS : Evidemment, l’image provient de Awkward Family Photos.

La virilité, c’est pas du cinéma

Ce matin, à la boulangerie, une vieille dame m’a appelée Monsieur.
Après lui avoir adressé un uppercut franc et direct digne d’un vrai bonhomme, j’ai trouvé la situation de circonstance pour réfléchir à la question suivante : « Qu’est ce que signifie la virilité pour les filles d’aujourd’hui ? Sur quoi repose notre vision archétypale du masculin ? ».
Pour la plupart d’entre nous, les films sont les principaux responsables de nos représentations du mâle idéal. Au fur et à mesure des succès du box-office, le 7ème art a pétri notre imaginaire avec des images d’une masculinité rêvée.
Soyons clairs : ce faisant, l’industrie du cinéma a fait de gros dégâts.
Marquées par la force esthétique de certains modèles virils sur pellicule, beaucoup de femmes en sont venues à mépriser les hommes de chair et de sang, qui ne leur apparaissent plus que comme une contrefaçon discount d’un Adam parfait, déjà croisé au ciné.
Et c’est vrai qu’on peut se demander pourquoi l’homme réel ne réagit jamais comme son homologue en DVD.
Prenons à titre d’exemples quelques caractéristiques viriles, et leurs applications au cinéma et dans la vraie vie.

• L’homme idéal est riche
Modèle : Richard Gere dans Pretty Woman
Ce que nous promet le film : Il a beaucoup travaillé, dans l’unique but de pouvoir vous faire plaisir. Tous les soirs, il vous fait la démo intégrale du catalogue MasterCard (opéra, tournée à dos d’éléphant, toast à l’oeuf de lump, suite recouverte de pétales de rose…) sans lâcher votre main, à aucun moment.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Parce que « l’argent, ça ne se gagne pas tout seul, tu crois quoi ? », votre prince vous néglige en vous laissant sa carte bleue sur la table de nuit. Vous compensez la tristesse de son absence sur l’avenue Montaigne, et découvrez l’amour auprès d’un chien de petit format.

• L’homme idéal pratique la danse de salon
Modèle : Patrick Swayze dans Dirty Dancing (John Travolta pour votre maman)
Ce que nous promet le film : En ondulant du pelvis, il vous fait tourner sur du tango, de la rumba ou du François Feldmann jusqu’au bout de la nuit. Il guide, vous n’avez qu’à suivre. Votre corps est un volcan.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Sa passion ? Danser le Cha-cha-cha sur des patins à glace ou à roulettes, et prendre prétexte d’une accélération de rythme pour frotter son sexe contre votre jambe. Il participe à « La nuit des sosies de Philippe Candeloro ».

• L’homme idéal a un accent slave/des cicatrices, indices d’un passé trouble
Modèle : Viggo Mortensen dans les Promesses de L’Ombre et History of Violence
Ce que nous promet le film : Vous ne savez rien de son passé, mais ça ne devait pas être joli-joli. Peu importe, par amour pour vous, il a décidé de se repentir et de devenir un sage et tendre père de famille. Tout homme a droit à une seconde chance.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Il est né en Pologne, et quand il était petit, il a fait une vilaine chute à vélo dont il garde quelques traces sur le front.

• L’homme idéal est un pilote
Modèle : Ryan Gosling dans Drive
Ce que nous promet le film : Il vous emmène à Deauville sur un coup de tête. Il conduit toute la nuit sa superbe voiture pendant que vous vous assoupissez sur le siège passager. S’il se laisse parfois tenter par une petite course-poursuite, il n’en reste pas moins gentleman : où que vous alliez, il descend d’abord pour vous ouvrir la porte.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Passionné de voitures, il passe ses week-ends sur des circuits avec ses potes (s’il est riche), devant F1 2011 sur Xbox (s’il est pauvre), sur sa trottinette (s’il est déficient mental). S’il vous arrive de conduire à ses côtés, il vous insulte quand vous ratez votre créneau, ou sortez à la mauvaise sortie de rond-point.

• L’homme idéal n’est que tact et délicatesse
Modèle : Ruppert Everet dans Le Mariage de mon meilleur ami.
Ce que nous promet le film : il remarque votre nouvelle coiffure, votre nouvelle ombre à paupière, votre nouveau top. Il aime faire du shopping et regarder Glee avec vous. Il vous parle en vous regardant dans les yeux, et vous dit souvent que vous êtes la plus belle des femmes.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Il est gay.

• L’homme idéal dit « Je t’aime » sous les intempéries
Modèle : Colin Firth dans Bridget Jones
Ce que nous promet le film : après avoir hésité, douté, reculé face à la perspective de bonheur immense que vous lui promettiez mais duquel il se sentait indigne (à cause d’une sombre histoire de traumatisme enfantin ayant entamé son estime de lui), il a décidé qu’il était prêt à vous aimer. Et il a décidé de vous le dire. A ce moment, qu’importe la tornade, la pluie, la neige, il va venir en bas de chez vous pour vous déclarer sa flamme.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Un mec qui vous attend en bas de chez vous sous la neige a un nom : « un putain de stalker ». Et s’il n’a d’autres choix que de vous attendre dehors par -12°C pour vous dire « je t’aime », c’est que jamais -au grand jamais- vous ne devrez le laisser monter chez vous.

• L’homme idéal est musicien  
Modèle : Adrien Brody dans Le Pianiste
Ce que nous promet le film  : Dans un piano-bar (??), l’homme se met au piano, et alors qu’il ne vous avait rien dit, vous découvrez qu’il joue aussi bien que Michel Pettrucciani, mais version beau-gosse. Alors, il se met à chanter cette chanson d’amour sublime, qu’il a écrite en pensant à vous. L’assistance pleure devant tant de beauté.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Votre mec s’entraîne longuement à jouer « Pepito Mi Corazon » au ukulele. Vos voisins sont venus se plaindre.

• L’homme idéal sait se battre  
Modèle : Nicolas Duvauchelle
Ce que nous promet le film : C’est un bad-boy, mais un bad-boy pour la cause. Il cassera la gueule à quiconque cherchera à vous faire du mal. De ses 6 ans d’entrainement dans un austère camp de boxe en Thaïlande, il est revenu avec la mission de vous protéger pour toujours.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Sur son épaule, sous un tatouage de tigre, l’homme réel a fait inscrire des idéogrammes japonais témoignant de son admiration pour Steven Seagal (« un vrai sage. Un maître. ») C’est un nerveux provocateur qui cherche l’embrouille dans la queue des cinémas, pour finalement voler son seau de popcorn à un enfant vulnérable.

• L’homme idéal a de l’hormone
Modèle : Javier Bardem (partout, sauf chez les frères Cohen où l’hérésie capillaire l’emporte sur sa virilité)
Ce que nous promet le film : Cet homme est de la testostérone en barre. Epaules larges, nez cassé, léger embonpoint au niveau du ventre… et surtout, bonne dose de poils. Un poil qu’il apprivoise et tond avec application, ce qui révolte les imberbes qui, à l’inverse, se rasent désespérément le duvet pour qu’il devienne plus dru (peine perdue).
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : C’est Zach Galifianakis (de Very Bad Trip) qui assure l’interim de Javier Bardem dans le monde réel. En le voyant déambuler dans votre salon, simplement vêtu d’une serviette de bain, et des miettes de cookie plein la barbe, vous le suppliez pour qu’il essaye l’épilation du dos.

• L’homme idéal parle peu mais toujours à bon escient
Modèle : Ryan Gosling dans Drive (encore)
Ce que nous promet le film : La plupart du temps, il vous écoute raconter votre vie, et ça ne le dérange pas que vos temps de parole respectifs soient répartis en 95/5. Lorsque c’est à son tour, il se contente de ponctuer la conversation avec des citations superbes. Cet homme conjugue parfaitement empathie et sens de la répartie.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Le mutisme de votre mec vous inquiète. A part pour vous informer qu’il n’y a plus de PQ, il ne vous parle pas. Ni de son bonheur, ni de ses questionnements, ni de votre couple… En fait, vous commencez à vous demander s’il comprend vraiment la langue. Parfois, vous doutez même qu’il ait une âme.


• L’homme idéal est sauvage et un peu cochonne  

Modèle : Vincent Gallo
Ce que nous promet le film : Bien que taiseux, on sent dans le regard de braise du Gallo que son esprit et son slip sont en ébullition. Tourmenté, fiévreux et dévoré par l’ardeur sexuelle, il est du genre à vous mettre des doigts dans la bouche sans sommation.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Francis Heaulme ? DSK ?

• L’homme idéal se sape comme un prince
Modèle : Georges Clooney
Ce que nous promet le film : Il peut porter un costume blanc sans avoir l’air d’un maquereau du Sentier. En le regardant, on pense à la chanson La Dolce Vita de Christophe « Et cette façon que tu avais de te serrer / Contre le revers de mon smoking blanc cassé / Je ne l’ai jamais retrouvée ». Alors, on rêve de mariage, chemise ouverte et pieds nus dans le sable.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Si votre mec se décide finalement a aller faire du shopping, cela devra se passer sous haute surveillance. Sans gendarme du look, il serait capable d’aller chez Celio et revenir avec 7 paires de chaussettes Droopy.

La conclusion est claire : pourquoi rejoindre la triste et décevante réalité alors que le dvd, lui, ne nous décevra jamais? Truffaut l’avait dit, prenons en notre parti : « le cinéma est plus fort que la vie ».
Pour preuve, alors que chacun de nous vieillit, le petit bonhomme Mediavision reste éternellement jeune et ravi.
Et toujours joignable au 01 47 20 00 01.

Notifié comme SPAM

De : cestvraimentnousedf@carrement_edf.com

Date : 27 août 2013

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De : chaude_et_croustillante@baguepi.fr

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De : handicap@spam-international.fr

Date : 2 septembre 2013

Objet : Si tu n’as pas de bras, ou si tu ne sais pas lire

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De : spammeur-picardie_bogosse37@yahoo.fr
Date : 3 septembre 2013

Objet : RE : TR : Dernière chance / Enlarge your Penis

Salut Christian,

J’ai été patient jusqu’à aujourd’hui mais ton indifférence n’a que trop duré.  

L’argent, les filles, le confort moderne, le sexe… rien de tout cela n’a retenu ton attention.

Inutile de me mentir : figure-toi que j’ai un outil de suivi très perfectionné qui me permet de voir que tu n’ouvres même plus les courriers que je t’envoie.

Permets-moi de te demander les choses clairement…
C’est quoi ton putain de problème ?  
Tu es communiste ? Tu es nihiliste ? Tu penses que les Spammeurs ne sont pas dignes de respect ? Qu’ils n’ont pas besoin d’être traités comme des être humains ? 
Tu crois que les Spammeurs n’attendent pas, eux aussi, une réponse, un geste d’amour, une simple attention ? Tu crois peut-être que nous ne sommes pas des personnes sensibles comme les autres ?

Christian… Nous élaborons patiemment plus de 90% du courrier mondial, nom de Dieu !

As-tu déjà fréquenté des personnes qui travaillent avec autant de dévotion, jour et nuit, sans jamais prendre de vacances ? As-tu déjà rencontré une telle diversité de style dans l’écriture, une telle richesse imaginative ? 
Serais-tu capable d’en faire autant ? 
NON ! 
Alors pourquoi t’autorises-tu tant de mépris à l’égard de notre harassant travail ?

Tu sais ce que je pense, Christian ? Je pense que tu n’as pas de coeur. Et laisse moi te le démontrer.

Je te préviens : je vais t’envoyer un dernier mail. 
C’est ta dernière chance de prouver que tu n’es pas fait de pierre et de mousse. 
Pour être sûr de le recevoir, n’hésite pas à enregistrer dans ton répertoire mon adresse e-mail. Je t’écrirai depuis l’adresse enclumedelespoir@hotmail.fr

Je fais ça pour toi, tu sais.

Bises,

Ton Spammeur attitré

PS : Si tu as déjà des remords, CLIQUE ICI

 

 

——

De : enclumedelespoir@hotmail.fr

Date : 3 septembre 2013

Objet : REP A SA, Christian, si t’es cap !

Bonjour,

Je suis l’oncle de la petite Thiephaine, cul-de-jatte, manchote des deux bras, et atteinte du syndrome de la tête d’enclume, une maladie génétique extrêmement rare mais extrêmement fatale.

Les parents de Thiephaine ont été percutés par une betonneuse en mars dernier, alors qu’ils allaient chercher des soins pour leur fille. Leur décès a laissé toute la famille dans la misère et la stupéfaction.

Nous avons besoin de votre aide et de votre soutien pour redonner de l’espoir à Thiephaine.

Vous pouvez nous envoyer votre RIB en CLIQUANT ICI.

(PS : N’oublie pas, Christian c’est ta dernière chance ! CLIQUE SALOPE ! )

Quand on veut être sûr de son coup, Seigneur Dagonet… on plante des navets. On ne pratique pas le putsch.

— François Rollin, Kaamelott, Livre V, Les Repentants, écrit par Alexandre Astier.

L’anti loi Evin

Souvent, lorsque je révèle que je ne bois pas d’alcool, mon interlocuteur me répond, la voix outrée et l’haleine avinée : « Quoi ? Tu ne bois pas d’alcool ? Mais on doit se faire chier avec toi ! ».
Je te connais bien, lecteur. Tu penses que seul un gros con (ou son alter-ego féminin la grosse connasse) peut être à l’origine d’une telle répartie ?
Tu te trompes !
Evidemment qu’on se fait chier avec moi ! Prétendre qu’on s’amuse avec des gens sobres serait comme soutenir qu’on reste drôle après avoir eu un enfant : une affirmation mensongère et hypocrite.
Oui, les gens qui boivent sont mille fois plus marrants que les accros à la tisane-Banga. A vrai dire, les bourrés sont meilleurs que les sobres à tout point de vue !
Et voila pourquoi : 
 
– ils ont des talents artistiques :
En soirée, les gens bourrés révèlent leurs dons d’architectes d’intérieur et n’hésitent pas à twister le design d’un ascenseur avec un vomi.
L’estomac vide, mais l’esprit en éveil, leur sens mélodique se trouve aiguisé. Ils bondissent et se trémoussent sur du Gilbert Montagné en apostrophant leur voisin d’un « Ecoute cette ligne de basse comme elle déchire ! ».
Non contents d’être fins mélomanes, ils s’essaient avec succès au travail de mime, et excellent dans différentes interprétations d’Air Batterie, Air Guitare, Air Triangle, etc…
D’un certain goût pour la répétition (illustré par la reprogrammation 5 fois de suite de « On va s’aimer ») va finir par s’imposer un hymne de soirée, qui sera ensuite chanté à tue-tête dans la rue, en route pour le prochain bar.
A son passage, les gens sobres, jaloux de cette connivence du bourré avec le monde des arts, se contenteront de lui hurler « Ta gueule » en lançant des projectiles alimentaires périmés depuis leurs fenêtres.
 
 
– ils ont de l’humour :
Pour l’individu ivre, le comique de répétition est une valeur sûre. Mettons que le bourré détienne une blague d’excellente qualité (par exemple : « alors là, j’lui ai dit PAF le chien »), il va commencer par tester ce trait d’esprit sur lui-même. S’il se fait auto-marrer, il va alors souhaiter en faire profiter les personnes à proximité. Constatant qu’il se trouve toujours aussi drôle, et certain de détenir une perle Rire & Chansons, il ira ensuite évangéliser l’intégralité des membres de la soirée (amis proches, amis lointains, inconnus, forces de l’ordre…), et peut être même une partie de son répertoire téléphonique.
En effet, être bourré permet de tenir -à l’aise- sur la même blague entre minuit et 4h du matin.
Jusqu’à tomber sur un casseur d’ambiance : une personne sobre qui se contentera d’un austère et définitif « t’es lourd ».
 
 
– ils aiment l’aventure :
Etre saoul, c’est oser se mettre réellement en danger : courir sur les toits, conduire vite, provoquer un mec apparemment boxeur poids-lourd. Mais c’est aussi réinsuffler du romanesque dans le quotidien. Avec l’alcool, tout devient aventure intense : chevaucher le poussin sur ressort du jardin d’enfant public. Se péter la cheville en tombant de la table sur laquelle on avait entrepris un strip-tease…
Grâce au pouvoir magique de l’amnésie éthylique, le trivial devient épique, le banal se mue en chef d’oeuvre. Ainsi, l’homme bourré ne s’est pas endormi dans le métro jusqu’à son parking : il a découvert une civilisation souterraine. Ce visage tuméfié et ce portable perdu ne sont pas dus à une chute dans le caniveau, mais à une agression sauvage pour avoir défendu une personne âgée en difficulté.  
Pour atteindre cette qualité de grand frisson, la personne sobre n’aura d’autre moyen que de louer le DVD du Seigneur des Anneaux.
 
 
– ils ne sont qu’amour :  
Les bourrés ne voient plus avec leurs yeux. Ils voient avec leur coeur. Eclairée à la lumière de cette douce bienveillance, la réalité apparait soudain plus belle. Prenez cette fille là-bas : quelle merveille ! Quelle bombe ! Et cet homme : quelle grâce !
Là où les gens sobres ne constatent que dents gâtées et triple-menton, l’individu ivre sait détecter charme et intelligence. Fasciné, il sent monter en lui le besoin de jouir de cette beauté intérieure, de la ramener sous ses draps, pour caresser les poils de son poireau…   
Hélas, ce discernement ne survit pas toujours à la nuit. Et parfois, l’attrait indicible du laideron s’évanouit avec l’aube et la gueule de bois.
 
 
– ils ne sont que sensualité :
En buvant, on se rappelle que l’on a un corps. D’abord, on s’en souvient en écrasant les pieds de ses voisins et en se cognant dans les portes. Mais rapidement, cette conscience de soi un peu brutale laisse place à un frisson de sensualité et d’excitation. On ressent que l’on a un corps sexuel, fait pour séduire et pour toucher.
C’est ainsi que l’individu bourré (plutôt féminin, dans ce cas) se lance dans des exercices de lascivité : postures équivoques, regard arrogant, ondulations de lombric glamour…
Dans cette parade nuptiale, la personne sobre ne verra que strabisme, bourrelet apparent et entrejambe du collant au niveau des genoux. Mais s’il se trouve un homme lui-même bourré pour y assister, il est fort possible que le manège se solde par une presque-copulation sur voie publique.
A une certaine heure et à un certain degré d’alcoolémie, le mot pudeur renie son nom.
 
 
– ils défendent des adages latins (in vino veritas) :
Dans une société qui promeut souvent le mensonge et la dissimulation, les personnes ivres sont de salutaires défenseurs de la vérité.
Saoul, on ose se montrer dans la vérité de son être : allongé et blafard sur le sol de la cuisine, la main serrée sur le manche d’une casserole pour faire face au drame lorsqu’il se produira. On ose aussi assumer ses sentiments : en rappelant ses exs ou en déclarant son affection inconditionnelle à ses amis ou compagnons.
Et plus que tout, on veut inscrire la vérité dans notre corps. Alors, on répète « Faut que je te dise ! Regarde-moi dans les yeux ! Regarde-moi dans les yeux ! » à une personne qui s’obstine à nous apparaître en double.
Pendant ce temps, les personnes sobres soufflent dans leur jus de pomme, disant que les bourrés sont pénibles et leur font perdre patience. Assurément, elles mentent.

Courriers de ta dépression

De : Ta dépression
Date : 24 octobre 2012
Objet : Ce soir
Je me disais que si tu ne faisais rien ce soir, on pourrait peut-être aller se mater un petit film des Frères Dardenne.
Ou un Ken Loach (n’importe lequel, mais PITIE, pas Looking for Eric. Il fout la pêche, c’est insupportable).
A toute, gros boudin.
Ta dépression
 
 
De : Ta dépression
Date : 5 novembre 2012
Objet : Plusieurs jours sans nouvelle
Qu’est ce qu’il se passe ?
Tu comptes pas me quitter, quand même ?!
Souviens-toi, on n’était pas bien ensemble, à écouter des chansons de Véronique Sanson ?
« Quand je n’aurais plus le temps de trouver tout le temps du courage,
Quand j’aurais mis vingt ans à voir que tout est un mirage,
Alors j’entendrai cette petite voix qui sourd et gronde,
que je suis seuuuuule au monde
. »
La la la la.
Franchement, c’était cool, non ?  Rien que toi et moi, sans jamais personne pour venir interrompre notre amour.
Tu vas pas tourner la page comme ça, si ?  
Bisous
Ta dépressiounette <3  
 
De : Ta dépression
Date : 10 décembre 2013
Objet : FELONIE
Tu ne réponds pas à mes courriels alors que je SAIS que tu les lis. Je le sais parce que j’allais tous les jours espionner ta boite mail… jusqu’à ce que tu changes de mot de passe.
Ne me fais pas croire que tu as trouvé un code plus sécurisé que « Fond_du_bout_du_Trou_:’-( » ?
 
 
De : Ta dépression
Date : 9 janvier 2013, 10h13
Objet : Reviens bébé, s’teu plait
Mon gros chouchou,
Ce matin, tu marchais avec quelqu’un, dans la rue même où je me trouvais. Je t’ai fait des signes depuis le caniveau : tu m’as regardée, mais tu as eu l’air de ne même pas me reconnaitre.
Franchement, je préfère te le dire, tu faisais peur à voir : des vêtements de couleur, dix kilos de moins, un sourire qui fendait ton visage.  
J’en ai des frissons.
Heureusement, j’ai toujours cette belle photo de nous deux. Elle est un peu sombre, mais on voit quand même que tu portes ce t-shirt Droopy informe que j’aimais tant, couvert de miettes de bretzels, avec tes grosses cernes et ton teint hâve.   
Je ne t’oublie pas.
Je t’aime.
Forever yours,
Ta dépression
 
 
De : Ta dépression
Date : 9 janvier 2013, 13h43
Objet : RE : Reviens maintenant, ou j’appelle les flics.  
Priorité : haute
Pauvre tâche,
Arrête de déconner.
Je me suis renseignée sur cette personne avec qui tu traines qu’on appelle Bonheur. C’est vraiment pas quelqu’un de fréquentable.
« Un raciste. Un opposant des pensées noires » d’après Cauchemar.
« Un casseur de business » d’après Xanax.  
Ce que tu fais est dangereux, tu comprends ?
Ta dépression

De : depression_super_glauque@yahoo.com
Date : 21 janvier 2013
Objet : (PROBABLY SPAM) Adieu
J’ai fouillé dans tes poubelles ce matin. J’ai vu que tu as jeté une boîte pleine de Lexomil.
C’est ainsi que tu traites tous nos bons souvenirs ? Tout ce temps passé ensemble, comme ça, à la poubelle, au milieu des sachets de thé et des pelures d’orange ?
En voyant ce que tu as fait de nous, j’ai moins de scrupule à te dire la vérité : j’ai rencontré quelqu’un. C’est une personne qui vient de se faire larguer et qui a perdu son boulot. On s’est vus quelques fois et je crois que ça devient sérieux.
Inutile de me courir après, je ne reviendrai pas.
Au revoir à jamais.  
Dépression

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