Femmes, je vous aime

A moins que votre copine ne soit Michelle Rodriguez, et qu’elle passe le plus clair de son temps à vous appeler « ma couille » en tenant un bazooka, vous avez sûrement remarqué que les femmes se comportent différemment des hommes.

Moi, j’ai mis du temps à m’en rendre compte. Avant Facebook, je pensais qu’on était tous pareils, à quelques points d’anatomie près.

Mais ça, c’était avant.

Depuis, j’ai appris qu’il y a des trucs que les filles font, et que les mecs ne feront jamais :

•    la photo pute (pour les célibataires)
Arborer en profil-pic Facebook une photo de chaudière est devenu le B.-A.-BA de la célibataire sur Facebook.
Toutefois, une seule photo n’est pas suffisante pour faire connaître sa sexyness. C’est pourquoi n’importe quelle occasion est aujourd’hui saisie comme prétexte parfait pour publier son auto-portrait en mode duckface zoomé, et plus si affinité.
Un bras, un iPhone, un alibi, et tout devient possible.
– une soirée moules-frites chez Léon : duckface provocant
– un concert : duckface mutin
– un voyage à Sao Paulo : duckface brésilien
Sur ces photos, on ne voit jamais rien du paysage, de la soirée, des amis présents… qui se contenteront d’être pudiquement mentionnés en légende. Pourquoi les inclure dans le cadre après tout, quand on peut décliner à l’infini le même gros plan de soi-même invitant au fricotage ?
La femme sait sélectionner l’information prioritaire.

•    la photo avec bébé (pour les célibataires de plus de 30 ans)
Si la photo pute n’a pas porté ses fruits et n’a pas appâté durablement un gibier mâle, l’horloge biologique de la femme commence à gentiment s’affoler. C’est alors que cette demoiselle que les commerçants appellent déjà Madame décide de diversifier ses profil-pics, en empruntant un nourrisson qui n’est pas le sien.
Neveu, nouveau-né d’amie mariée, bébé volé… le chérubin est collé contre le sein, sous le sourire extatique de la mère improvisée.
Alterné avec une photo pute, cette image maternelle fait passer clairement le message de parade amoureuse : « je suis un volcan en fusion, et de ce corps bouillant te viendra une descendance, mon jeune brigand ».
Pourquoi choisir entre être la maman ou la putain, quand Facebook nous permet d’être les deux ?

•     la photo avec Chouchou (pour les filles maquées)
Après avoir réussi à choper grâce à son jeu savant de profil-pics de célibataire, la meuf fraîchement en couple peut avoir une certaine tendance à la célébration conjugale :
– En arborant une profil-pic où elle « mignonne » son mec (c’est à dire une photo en couple, où l’homme a le regard docile et énamouré d’un lapereau de 6 semaines).
– En utilisant toutes les fonctionnalités de Facebook en ode à sa nouvelle vie de couple. Grâce à « in relationship with », Facebook Places, les photos, le tag, les smileys, on saura tout des courses chez Jardiland, du départ à Orly pour Venise et de l’invitation romantique chez Flunch.
– En créant l’événement autour de preuves quotidiennes d’affection (ooooooh, Chouchou m’a préparé des tripoux <3 – avec Chouchou – à La maison)

•    la photo en pied
Avant, le passage en cabine d’essayage était un moment ciselé dans les capitons et la perpléxité. « Cette marque taille bizarremment… Avant je mettais du 36, maintenant il me faut du 44 » aurait-t’on pu déclarer sur Facebook il y a quelques années. Au lieu de quoi, on se taisait et on filait acheter de l’anti-cellulite La Roche Posay.
Mais les blogueuses mode – ces déesses, ces icônes, ces muses – ont levé l’embarras qui collait à la peau du passage en cabine. S’inspirant de leurs ainées, les jeunes nymphettes anonymes osent désormais poster sur Facebook une photo d’elles en duplex du Zara de Villacoublay : pieds en dedans, smartphone devant la face, éclairage trouble… Assurément, La Nègre aime ça.

•    la confession intime
Il y a sur Facebook ces moments d’allégresse où la fille instagrame sa nouvelle tenue ou son assiette de haricots pour signifier au monde sa joie de vivre.
Mais il y a aussi ces moments où la fille est au fond du trou, et elle l’indique ainsi en statut :
Pfffffffffffffffff…
Ou si ce n’est pas suffisant :
Pffffffffffffff, ça ira mieux demain. Enfin, c’est pas sûr mais j’espère… :’-(
Et si ce n’est toujours pas suffisant :
– N’importe quel extrait de chanson qui affirme en substance : You make me wanna die / I’ll never be strong enough to live this tough life

Le résultat est immédiat : une meute de copines fond sur le statut comme la misère sur le monde, et commente abondamment avec des « Kes ki a a ma louloute ????!!!!! » inquiets et empathiques.
Car oui, ce qui lie le plus les meufs entre elles, c’est la fameuse solidarité féminine, envers et contre tout.
La solidarité, et le bitching aussi.

•    le bitching
Le bitching est une des activités préférées des femmes. Une force au tropisme si puissant que même un homme sain, s’il est placé au milieu d’un groupe de filles, va rapidement muter et se mettre à putifier sur tout ce qui bouge.
Il serait cependant injuste de dire que le bitching n’est qu’une moquerie gratuite pour le plaisir. Il a au contraire une vertu fondamentale : permettre à la bitch de se réhausser en prenant appui sur la tête d’une personne considérée comme inférieure.
– une personne mal habillée photographiée dans le métro signifie en sous texte : « moi, je m’habille trop bien »
– une copie d’écran d’un mail où tu rembarres ironiquement quelqu’un : « j’ai trop la classe, et je sais me faire respecter. Un jour, je serai patronne »
– la reconstitution d’une scène où tu as mis une grosse veste à un mec qui t’a dragué de manière un peu cheap : « je suis tellement bonne que je me fais trop chauffer, c’est A-BU-SÉ. Toi qui me lis, à moins de me construire le Taj Mahal, tu peux pas test ».

•     la distinction
Souvent, la fille cherche à s’affranchir de sa condition de meuf en prétendant faire partie d’une édition limitée de « femme pas comme les autres ».
Cette revendication peut aller de l’ironie ou du mépris affichés pour les sujets dits féminins (maquillage, Top Chef, shopping, Ryan Gosling, petits poneys) à la proclamation d’activités viriles partagées avec ses meilleurs potes chromosomés XY (bière, concours de rots, pisser debout).

Parfois, cette velléité de distinction peut prendre chez la fille la forme d’un recensement méthodique de toutes ces choses un peu ridicules que font les autres nanas sur Facebook ; choses qu’elle a pourtant déjà pratiquées elle aussi au moins une fois.

Non mais attendez une petite minute…

Ne serait-ce pas exactement ce que je suis entrain de faire ?

Hélas, femmes, aucune d’entre nous ne saurait échapper à son destin. Car comme disait sympathiquement Molière :
« Et comme un animal est toujours animal,
    Et ne sera jamais qu’animal, quand sa vie
    Durerait cent mille ans, aussi, sans répartie,
    La femme est toujours femme, et jamais ne sera
    Que femme, tant qu’entier le monde durera. »

Bonsoir Mesdames, bonsoir Messieurs.
Je vous adresse toute ma tendresse. Et mes plus beaux duck-faces.

Facebook, restons-en là.

Cher Facebook,

Toi et moi, j’ai l’impression qu’on est comme un vieux couple qui agite ses braises en espérant qu’un peu de la fièvre des débuts se manifeste à nouveau.

J’ai remarqué que depuis quelques temps, à part nous raconter notre journée, nous n’avons rien à nous dire. Et toi aussi, j’imagine, tu as bien vu que nos récits quotidiens n’étaient jamais très intéressants.

Bien sûr, j’aurais dû t’en parler plus tôt, avant que cet ennui grandisse au point de devenir plus fort que nous.
Avant que tes petites habitudes, celles-là même qui m’attendrissaient à l’origine, deviennent des martèlements insupportables qui me donnent envie de te frapper de mes mains.

Tu vois Facebook, mon  problème principal aujourd’hui, le catalyseur de toute mon aversion qui mûrit à ton endroit, c’est quand tu dis check.
– Etre dans le même café qu’Alain Juppé, check
– Arriver sur le quai au moment où le métro arrive, check
– Faire des mouillettes pour ses oeufs à la coque, check

Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment peut-on supporter que notre vie soit devenue si molle et si morne ?

Je me souviens pourtant, qu’au début de notre histoire, tu me faisais rêver. Tu me promettais que notre avenir s’écrirait ainsi :
– En garde à vue pour avoir entarté Alain Juppé, check
– Sauver la Terre du Milieu après être allé jeter l’anneau dans le Mordor, check.
– Faire l’amour entre deux nains finlandais et des mahoris, check

C’est sans doute de ma faute aussi. C’est vrai, à part me plaindre de toi, je n’ai rien d’autre à proposer. Et je comprends que tu n’aies plus envie de séduire une personne si aigrie à ton sujet.

Tu as raison, on devrait peut être en rester là.

– Plaquer Facebook, check.

Les mots justes, trouvés au bon moment, sont de l’action.

— Hannah Arendt

Leçon de savoir-vivre #1 : Comment écourter une discussion ennuyeuse ?

Il nous arrive à tous, plus ou moins régulièrement, d’être retenu en otage d’une discussion qui nous ennuie profondément. Peuvent être en cause la personne qui nous parle ou le sujet abordé. Parfois hélas, ce peuvent être les deux.

Différentes situations peuvent être le théâtre de ce moment accablant, par exemple :
– « Les noces de feu », STARRING un vieil oncle qui vous a coincé près de la table à champagne ;
– « L’enfer de la fête », avec en GUEST STAR une personne qui vous a pressé contre le lavabo de la cuisine, dans l’innocente « contre-soirée » qui s’y tenait ;
– « Panique sur le pot d’entreprise », FEATURING une collègue qui vous a bloqué près du pain surprise (saumon / mousse de canard / fromage frais ciboulette) ;
– « Le date de l’angoisse », WITH vous-même dans le rôle du preneur d’otage qui a un bout de tripoux sur la joue.

Puisque, à moins de renoncer à toute vie sociale, il est certain que chacun d’entre vous se retrouvera tôt ou tard à nouveau impliqué dans ce genre de mise en scène problématique, la Baronne von La Nègre (dont je ne suis que le diligent scribe) se propose donc de consacrer la leçon de savoir-vivre du jour à la question suivante : comment se sortir d’une discussion ennuyeuse, tout en respectant la bienséance contemporaine, et la dignité de votre interlocuteur ?

Pour plus de pédagogie, notre démonstration sera divisée en deux parties : les « Don’t » et les « Do ». Soit les vilaines pratiques auxquelles vous devriez renoncer, et les vertueuses qu’il serait bien avisé d’adopter.

 

DON’T

• Dire ce que vous pensez :
« Non, vraiment, ce que tu racontes m’ennuie prodigieusement. Je t’en prie, ferme-la« . Aussi pénible vous soit-il, votre interlocuteur ne mérite pas ça. Votre avis sur sa conversation ne vous donne aucun droit de l’humilier. Surtout, avant d’ouvrir la bouche, souvenez-vous que la personne pénible qui raconte des trucs pénibles peut aussi être vous. On est toujours le boulet de quelqu’un, et lorsqu’on revêt cette lourde casquette, croyez-moi : on n’a pas envie qu’on nous dise sans ambages que notre conversation fait plus mal à la tête qu’une barre de haschich coupée au plastique.
Soyez magnanime : ne faites pas ce que vous n’aimeriez pas qu’on vous fasse.
Si la logique de cet argument vous dépasse malgré notre métaphore opiacée, vous êtes un hooligan, vous ne respectez rien, votre place n’est pas ici. Ouste !

• Simuler l’intérêt :
Je ne sais pas d’où vous tenez cette croyance, mais ce n’est pas en simulant l’intérêt que la conversation se terminera plus vite. Vos sourires, vos « ha ? ha ! haaaa ! oh oui ! » n’ont aucune chance de venir à bout de votre interlocuteur. Vous espérez que la jouissance verbale le mène rapidement au silence et à l’épuisement ? Hélas, mon enfant, pour peu qu’il s’agisse d’un orateur endurant ou d’une professionnelle de la langue, vos encouragements le/la mèneront plutôt jusqu’au bout de la nuit.

• Bailler, puis vous endormir :
Nous avons convenu que cet article devait vous aider à vous extirper d’une situation fâcheuse. Nous ne vous aiderons donc en aucun cas à orchestrer votre renoncement. Allons, du nerf, reprenez-vous ! Pensez à votre famille ! Aux gens que vous aimez ! Résistez ! Battez-vous !

DO

Redirigez la discussion vers un sujet qui vous intéresse :
Par exemple vous-même. Monopolisez la conversation. Pendant que vous dissertez sur vos amis, vos amours, votre emploi, votre chien Titou, votre enfant Titouan, ce coup fourré que vous a fait tel(le) collègue, calculez l’économie substantielle que vous êtes entrain de réaliser. A 80€ l’heure de psy, cette petite demie-heure de confession intime vous a fait économiser la coquette somme de 40€ !
Qui plus est, vous avez réussi à vous débarrasser de votre interlocuteur qui est parvenu à s’enfuir au moment où vous alliez lui parler de votre passion pour le Rubik’s Cube (sans doute avait-il déjà lu la suite de cet article).

• (Prétendez que vous) Recevez un SMS
Pendant que la personne vous parle, vous recevez un SMS qui vous fait éclater de rire.
« Ha! Ha ! Qu’il est drôle ce Jonathan !« , vous esclaffez-vous.
Déstabilisé mais partageur, votre interlocuteur cherche à connaître la blague en question qui l’a interrompu au beau milieu de son histoire. Répondez-lui simplement « Non non rien », et remettez votre téléphone dans votre poche.
Alors qu’il recommence à parler, faites-lui le même coup plusieurs fois de suite.
Choisissez bien vos moments, avec une préférence pour les zones particulièrement dramatiques du récit (la perte d’une carte maîtresse dans son jeu Magic, la bonne cuisson de la choucroute de la mer, etc…).
Non, ce n’est pas votre faute, c’est celle de ce monde qui nous oblige à être perpétuellement hyper-connecté.

• (Prétendez que vous) Recevez un appel
Quand vous avez vu que la situation se corsait, vous avez placé subrepticement votre téléphone dans votre poche. Tapi dans l’ombre, l’allié mobile attend le moment où il pourra vous secourir. Ce moment rare se présente lorsque votre interlocuteur reprend sa respiration dans son haletant récit. Vous vous engouffrez dans la brèche et placez un : « Ha ? Attends deux secondes ! » tout en sortant votre portable de votre poche pour vous le coller sur l’oreille.
Allo ? Oui ? Oui ? NON ! C’est pas vrai ?
Et vous vous éloignez en feignant une discussion plus cruciale que celle que vous subissiez jusqu’alors.
Attention, si vous pratiquez cette supercherie dite de « l’appel imaginaire », faites en sorte que votre portable soit éteint pour que vous ne receviez pas VRAIMENT un appel à ce moment précis. Votre téléphone sonnant contre votre oreille risque fort de casser votre mythe.

• Faites appel à un ami
Cette discussion dure depuis trop longtemps. Vous vous liquéfiez, vous faites naufrage, vous perdez espoir. Quand soudain, par dessus l’épaule du preneur d’otage, vous apercevez un visage connu. Allez-vous laisser passer votre chance ?
Immédiatement, vous sortez vos balises de détresse et vous agitez vos bras comme le poulpe ses tentacules. « Wouhou !!!! Wouuuuuuhouuuuuuuu !!!! Jacqueline !!! »
Jacqueline vous voit, vous sourit, se dirige vers vous (vous vivez en ralenti cette arrivée inespérée), elle est là, elle vous parle, elle vous sauve, elle tarit temporairement le flot de paroles du bavard/e qui vous noyait sous ses mots. Vous êtes heureux et reconnaissant. Vous êtes amour pour Jacqueline.
Et pourtant, comment allez-vous lui témoigner votre gratitude dans moins de 5 minutes ? En vous dérobant discrètement alors que votre tortionnaire aura commencé à lui manifester quelque intérêt ? En prétextant que vous devez faire un saut aux toilettes et en la LIVRANT à votre bourreau ?
Traître ! Félon ! Si c’est ainsi que vous traitez vos amis, vous ne les garderez pas longtemps. Et bientôt vous paierez pour vos crimes en ne fréquentant que des gens à la conversation terrifiante.

Impliquer vos amis est moralement répréhensible et n’est pas digne d’un homme ou d’une femme du monde. Passez donc directement à l’étape suivante.

• Demandez poliment où se trouvent les toilettes
Cette technique consiste à dire que vous DEVEZ vous déplacer SEUL(E), et LOIN du lieu de la discussion.
Certains, réticents à parler toilettes, se sont essayés au « Je vais me resservir un verre« . Ils ont hélas découvert que trop souvent, l’interlocuteur se proposait d’aller les resservir à leur place, les traquant ensuite sans relâche avec ses deux verres à la main (et peut-être du GHB dans l’un d’eux).
Dans le cas des toilettes, si votre contact vous propose une quelconque aide, il vous servira sur un plateau d’argent l’argument qui vous permettra de le laisser définitivement en plan (OBSÉDÉ(E) ! MONSTRE ! COQUIN(E) !).
Evidemment, après les toilettes, ne revenez pas. Et n’oubliez pas que cette technique est un « One Shot », si vous ne voulez pas que la glue vous traque avec un verre de Smecta (+ GHB, donc).

• Disparaissez
Si aucune autre technique de retrait n’a fonctionné et que la personne que vous voulez fuir est toujours près de vous, fidèle et têtue, cette stratégie dite « du siège éjectable » est la solution du dernier recours. Il en existe deux versions.

La dramatique :
– Mon Dieu, il faut que je parte tout de suite !
– Qu’est ce qu’il se passe ?
– Je t’expliquerai ! (dans tes rêves)

La sobre :
– Bon, ben je dois y aller.
– Oh ben c’est dommage !
– Oui. C’est la vie.

Dans les deux cas, une seule et même issue :  Allez, salut !

 

Merci de votre attention, mes agneaux.
La prochaine fois, nous réfléchirons ensemble à la question suivante : Est-il judicieux de comparer sa petite-amie à sa mère ?

 

PS : En photo, notre exemple, notre maîtresse, notre déesse : Nadine de Rothschild qui a dédié sa vie à nous enseigner que le linge de cuisine peut aussi faire de merveilleux turbans.

Réponse à votre candidature

Cher Monsieur XXXX,

Nous avons bien reçu votre candidature et vous remercions de l’intérêt que vous portez à notre organisation.

Nous avons examiné votre dossier avec attention, et revenons vers vous pour vous faire connaître notre décision.

Pour justifier votre souhait d’être admis comme membre permanent de notre organisation, vous avez souligné certaines de vos compétences auxquelles nous ne sommes pas restés insensibles.

Nous apprécions notamment le fait que vous maîtrisiez parfaitement l’accord du verbe Avoir lorsque le COD est placé avant le verbe, et que vous n’hésitiez pas à réprimander publiquement toute personne qui n’aurait pas cette rigueur grammaticale.
Voici le genre de détails qui fait toute la différence entre un profil ordinaire et un profil expert.

Afin de nous assurer du sérieux de votre candidature, nous nous sommes permis d’appeler quelques personnes de votre entourage.
Le fait que certaines d’entre elles nous aient raccroché au nez en hurlant (je cite) : « Je ne veux même pas entendre parler de ce connard » a été reconnu par nos services comme un gage de qualité.

Votre voisine, Madame YYYY, a néanmoins accepté de nous parler plus longuement. Elle nous a indiqué avec force détails que vous montiez systématiquement dans l’ascenseur sans l’attendre lorsqu’elle arrivait derrière vous, les bras chargés de courses. Elle nous a également assurés que vous n’hésitiez pas à donner des coups de balai sur votre plafond pour que vos voisins du dessus fassent taire leurs jeunes enfants qui, selon vous, « rient un peu trop fort ».
Madame YYYY vous aurait même vu jeter vos rognures d’ongles et des quignons de pain sec sur ces mêmes enfants alors qu’ils sortaient de l’immeuble pour aller au parc.

Dans votre lettre de motivation, vous vous inquiétez d’être trop jeune pour rejoindre notre structure. Il est vrai que nous n’avons pas souvent admis comme membre des personnes de moins de 60 ans, aguerries par des décennies d’amertume et de misanthropie.

Votre parcours personnel et professionnel nous a cependant totalement convaincus. C’est pourquoi nous sommes fiers de vous indiquer qu’à 28 ans, vous devenez notre plus jeune titulaire.

Vous trouverez donc ci-joint votre diplôme de « vieux con », et pouvez désormais utiliser ce titre honoraire sur tous vos documents officiels.

Avec votre carte de membre permanente, vous disposez d’un accès illimité à nos conférences-débats et ateliers. Ce mois-ci :
– Pourquoi les SDFs ne méritent pas qu’on leur donne une pièce.
– Pourquoi les homosexuels, les étrangers et l’internet mettent en péril notre patrimoine.
– Cuisiner les restes périmés : comment empêcher vos invités de profiter de vous.
– Grands hommes : ces personnes méchantes qui sont devenues célèbres.

N’oubliez pas également, chaque samedi, nos soirées « C’était mieux avant » où vous pourrez danser sur de la musique de vieux tout en crachant sur la jeunesse.

Nous vous félicitons à nouveau et vous souhaitons bienvenue.
Etre un vieux con est un titre difficile à obtenir, mais vous pouvez être assuré de le mériter.

Cordialement,

Jérôme Fritard,
Président de l’Organisation Officielle des Vieux Cons

Dérapage verbal non contrôlé, ou dérapage à la française

Dans la vie, il y a deux catégories de personnes :
– les américains de film d’action, qui n’aiment rien tant que de commettre des dérapages automobiles dans des conditions particulièrement dramatiques (prise d’otage, explosion, ruptures de frein, accouchement d’urgence), mais qui trouvent toujours le moyen de se rattraper avec classe et sans une égratignure.
– tous les autres être humains, qui eux, se contentent de déraper dans des contextes parfaitement ordinaires (flaque d’eau, tapis de feuilles mortes, morceau de mousse, pigeon téméraire), pour invariablement, aller s’emboutir mollement dans un buisson.

Cette répartition ingrate du dérapage automobile fonctionne aussi pour son cousin lexical : le dérapage verbal.
Dans un film américain, lorsque le héros commence à dire n’importe quoi, il s’en sort toujours par une habile pirouette.
Dans la vie, nous, dérapeurs ordinaires, nous contentons d’être les spectateurs ahuris de notre propre naufrage.

Cette vérité, j’ai pu la vérifier mille fois dans les situations suivantes :

 

•  Le trouble du langage
J’étais tout à l’heure au téléphone avec mon médecin, un homme respectable. Nous échangions quelques mots, avec ce ton affable et distancié qui sied à la situation : tout se passait bien. A vrai dire, je me trouvais même plutôt en verve pour un lundi matin. Puis vint le moment de raccrocher. Et là, sans prévenir, et sans explication, je lui ai dit « A plute« .
Pas « A plus », hein. Ce qui aurait été déjà singulièrement décousu dans le contexte.
Non : « A plute ».
Je ne sais même pas quel court-circuit cérébral peut légitimer ce mot.
Le mariage contre-nature de « A plus » avec flûte ?
Avec rut ?
Avec pute ?
J’ai raccroché précipitamment. Ai pris ma tête dans mes mains. Ai écris cet article.

 

• L’explosion en vol
Ce « A plute » m’a rappelé toutes les fois où j’ai claqué un « bisous » surprise à mes clients au moment de raccrocher.
Me revenait cette détresse moite et impuissante, alors que tous mes signaux internes du « propos incroyablement inadapté » s’allumaient en rouge.

D’ordinaire, une certaine sensibilité mêlée à une éducation rigoureuse nous permettent d’estimer les limites à ne pas franchir avec ses clients, son patron, ses beaux-parents… Jour après jour, nous usons avec ces personnes de cette saine auto-censure, les assurant ainsi de notre sérieux, de notre capacité à vivre en société, de notre santé mentale.
Hélas, il arrive parfois que ces digues intérieures patiemment bâties s’effondrent subitement sous l’effet d’un dérèglement psychique : surmenage, émotion forte, alcoolémie… Ruinant en une fois des mois ou des années d’effort.

D’un seul coup, pris d’un furieux besoin de détente et de liberté, le gendre/recrue/prestataire idéal revêt soudain le costume de L’Ambianceur en Mousse.

On a hélas tous connu (ou été) cet individu qui, pensant bien faire :
– raconte une blague de cul à son boss
– complimente son beau-père sur les seins de sa femme
– chante « Maréchal nous voilà » à la bar-mitzvah de son beau-petit-neveu

Ce genre de pétage de plomb est toujours suivi d’une douloureuse prise de conscience et d’amers regrets, d’autant plus amers que les moyens de se réhabiliter restent limités. Au choix :
– Changer d’identité et de continent.
– Passer chez Oprah pour faire ses excuses publiques et confesser une addiction à l’héroïne

 

• Le problème de contexte aggravé
A votre avis, pourquoi vous a t’on toujours répété qu’il ne faut pas faire de blagues sur les handicapés ?
Pas parce que ce n’est pas drôle (enfin, ça dépend).
Mais parce qu’à tous les coups, vous allez la sortir à un mec dont vous n’aviez pas vu qu’il était en fauteuil roulant (faut dire qu’on en fait des vachement design et passe-partout, aujourd’hui !).
La seule blague handicap autorisée par nos services est « pas de bras, pas de chocolat ». Parce que si vous n’avez pas remarqué que votre interlocuteur n’a pas de bras, c’est sûrement que ça ne le dérange pas tant que ça.

 

• Le quiproquo
Voyez-vous ces moments abyssaux où vous vouliez dire quelque chose, et comprenez (trop tard) à la tête consternée de votre interlocuteur que votre formulation pouvait être interprétée tout à fait différemment ?
Par exemple, discutant récemment avec une cliente d’une épreuve sportive qui avait été très éprouvante pour mon corps, celle-ci me demande, pleine de compassion et de courtoisie :
Oh vraiment ? C’était si douloureux ?
Et je réponds :
Oh oui ! C’était comme si je m’étais tapée un bus.
S’ensuit un silence.
Pesant.
Je re-prononce ma dernière phrase dans ma tête. Et comprends.
Dans le silence qui persiste s’agite dans mon esprit le dilemme : « Faut il préciser que je voulais dire « c’est comme si j’avais HEURTE un bus, pas comme si j’avais copulé avec l’intégralité de ses passagers ? » Ou cela ne va t’il qu’aggraver mon nouveau statut de nympho dégueue ? ».

Dans ce genre de situations, préférez toujours le silence. Car même s’il peut laisser planer le doute sur vos intentions, il vous protège de l’embourbement qui vous menace si vous tentez de vous justifier.
« Enfin, je voulais dire un minibus.
Attendez non, je m’enfonce, là.
Enfin, non, ce n’est pas ce verbe là que je voulais employer. Comprenez-moi bien… »

Chut, taisez-vous maintenant. Mettez votre tête dans un trou, et attendez que ça passe.
Non, attendez, quand je dis « trou », c’est pas…

 

• Le quiproquo inversé
S’il arrive que vos propos soient mal compris, il peut arriver aussi que vous vous mépreniez sur les intentions de celui ou celle qui vous parle. Le quiproquo inversé a majoritairement lieu lors de premières rencontres : un date, un entretien d’embauche… Puisque vous ne connaissez pas votre interlocuteur, vous n’avez aucun point de référence, et vous pouvez interpréter ses dires n’importe comment.
En général, cette situation s’arrête au stade 1 : vous comprenez de travers, vous répondez à côté, fin de l’histoire.
Mais parfois, elle passe au stade 2 : dans votre interprétation sommaire, vous vous sentez encouragé à une confession gênante, et partez en roue libre.

Exemple dans un contexte professionnel :
Il vous dit :  « j’ai eu beaucoup de plaisir à vous rencontrer »
Vous répondez : « Pas autant que moi » en léchant vos lèvres avec un regard de soubrette.

Exemple dans une contexte de séduction  :
Elle vous dit : « J’adore les enfants ».
Vous répondez : « Moi aussi, j’ai même fait de la prison pour ça ».

Comme disait ma grand-mère : on n’a jamais l’occasion de faire deux fois première impression.
Dommage pour cette fois.

 

• La fuite
Blague niveau CE1, réplique hors-sujet, syndrome de Tourette… certains propos vous échappent comme une flatulence. Ils auraient dû rester sagement contenus à l’intérieur de votre cerveau troublé, mais Dieu sait comment, ils ont glissé hors de votre bouche. Au moment où vous les prononcez, vous entendez déjà ce silence tout particulier qui préfigure l’énorme bide.
Pendant qu’ils volent vers votre interlocuteur à la vitesse du son, vous vous dites « Oh mon Dieu, non ! Qu’est ce qui m’a pris ? Qu’est-ce que j’ai dit ? ».
Vous aimeriez revenir en arrière, rembobiner vos mots et le temps comme le fil d’une canne à pêche.
Mais c’est impossible. C’est trop tard.

Dans cet instant suspendu se joue toute la grâce de tous les dérapages du monde.
Des mots irréversibles et aussi implacables qu’un vase qui vous tombe des mains.
Ne vous laissant aucun autre choix que d’attendre, le long d’infinies secondes, le fracas muet de votre humiliation, ou l’inespérée indifférence.

 

Visuel : http://kesnomis.tumblr.com

Stalker ou être stalké, la nouvelle hygiène relationnelle

En ce moment, on voit fleurir des articles qui détaillent les différents types de personnalités sur Facebook : celui qui fait des statuts RATP, celui qui ne parle que de son enfant, celle qui est en dépression, etc. Et pourtant, aucun de ces articles n’évoque l’utilité fondamentale de ce réseau social : stalker et être stalké, en toute impunité.
Pour rappel, stalker est cette activité creepy qui consiste à espionner quelqu’un avec un intérêt frénétique et masturbatoire. Comme les hémorroïdes, le stalking est entouré d’un certain déni : personne n’admettra jamais être un stalker.
Ainsi, lorsque qu’on traque sur Facebook les profils-pics d’une ex à 3 heures du matin, on préfère se représenter comme un musculeux espion informatique à la moue cochonne, genre Daniel Craig. Il est toutefois probable qu’on ressemble bien plus à ce genre de mec très inquiétant qui porte une doudoune et des mitaines en été et se nourrit de kebab froid devant la porte de sa proie (avec un peu de sauce blanche au coin de la bouche), genre Steve Buscemi.

Bref, il est temps d’admettre la réalité nue : si vous vous reconnaissez dans l’une des 6 situations suivantes, vous êtes, comme 99% de vos congénères, un stalker averti.

STALKER

• « Suis-je un bolide ? Suis-je une fiente ? »
Evidemment, la raison principale du stalking est de mesurer sa vie à celle des autres. Soit pour alimenter une estime de vous-même lamentable (« sa vie est tellement géniale, je me sens inutile »), soit pour vivifier votre complexe de supériorité (« c’est fou comme j’ai tellement plus la classe que lui »). En stalkant, vous comptez les points.
– Elle vient de publier un livre ? Vous venez d’être licenciée ! (- 10 pour vous)
– Elle part en vacances en Bretagne ? Avec vos indemnités Pole Emploi, vous filez en Thaïlande ! (+7 pour vous)
– Vous revenez avec le nez pelé ? Au moins, contrairement à elle, sur votre profil-pic, vous n’avez pas de moustache ! (+25 pour vous)
Et ainsi de suite.

• L’ex  
Grand motif de stalking devant l’Eternel : l’ex.
Que l’on soit le largueur ou le largué, on a rarement envie d’être témoin du fait que son ex a refait sa vie. Dans un premier temps, on aurait même plutôt tendance à vouloir s’assurer qu’elle/il est bien au fond du pot, à écrire votre prénom à la purée Mousline sur les murs de sa chambrette.
N’étant plus ami avec elle/lui sur Facebook, vous multipliez les subterfuges : vous connecter sur le compte d’un ami commun, créer un faux profil, pirater son compte… Attitude humiliante certes, mais pas autant que celle que vous pourriez adopter si vous étiez encore « Facebook Friends ». Car dans ce cas, vous perdriez vraisemblablement toute dignité en allant checker les profils de toutes les personnes qui likent ses statuts, avant de découvrir, photos à l’appui, qu’il/elle n’a jamais été aussi canon que depuis que depuis qu’il/elle est loin de vous.

• Ceux qui avaient la classe avant
Le stalking est aussi un moyen de s’assurer que la roue tourne. Notamment pour cette fille qui a pourri votre année de 5ème. C’était il y a longtemps, mais une part de vous est encore hantée par ces souvenirs où elle embrassait avec la langue et l’appareil celui que vous convoitiez plus qu’un poster de poney. Vous avez retrouvé la peste sur Facebook, et ce que vous avez tant souhaité lors de séances vaudou-amateurs sur vos peluches s’est accompli : c’est devenue une perdante.
– Elle est grosse !
– Sur sa photo de profil, elle pose devant son mobile-home !
– Et ses enfants sont moches !
– Ha! Ha! Ha! (Rire sardonique).
– Et l’un a même l’air atteint de trisomie 21 !
– Hip Hip Hip !? Hourra ! Hip Hip…
Là, soudain, éructant devant votre écran, vous mesurez que votre rancune vous a mené un peu trop loin, dans un lieu où vous avez égaré votre humanité. Vous réjouir du malheur des autres vous laisse un peu nauséeux. Votre joie est de courte durée.

STALKÉ(E)

Parfois, en relisant pour la 6ème fois des statuts que vous connaissez déjà par coeur, il arrive que dans un éclair de lucidité, vous soyez étreint par le pathétique de votre propre stalking. Alors, en espoir et consolation, vous vient cette pensée : « Seigneur, j’espère que quelque part quelqu’un me stalke aussi, et trouve que ma vie est formidable ».
C’est ainsi que chacun se bâtit un profil à sa propre gloire, alimentant activement le grand commerce de l’espionnage inter-profil.

• Ma vie est fantastique (1) : séduire les cools
Combien de statuts avez-vous déjà écrits pour intéresser les autres, ou quelqu’un en particulier ? Combien de fois avez-vous revécu virtuellement ces situations de cours d’école où vous cherchiez à gagner en popularité en attirant l’attention des personnes qui vous paraissaient les plus cools ?
Portés par cette quête d’attention ou d’estime, vos statuts Facebook sont tels les liens sponsorisés Google : des messages racoleurs qui ne retiennent l’attention de leurs prospects que très épisodiquement.
Au moment de leur conception, vous avez pourtant donné le maximum pour séduire le chaland : crypto statuts, chanson spéciale dédicace, photo de vos pieds face à la mer… tout était un appel subliminal au like.
Et pourtant, celui-ci n’est jamais venu. En l’attendant, vous vous interrogez : « Qui est connecté sur Facebook? », « Qui a mis mes actualités en « indésirable? », « qui me voit? », « qui m’aime? », « pourquoi? »
Et vos questions sans écho tombent dans la nuit du web.

 
• Ma vie est fantastique (2) : bannir les nerds
En constatant la popularité modeste de vos activités auprès des personnes dont vous ne connaissez visiblement pas assez bien les goûts, vous sentez grandir en vous le feu du besoin de reconnaissance.
Où trouver celle-ci, si ce n’est auprès d’une cible plus précise :  ces personnes que vous avez bien connues mais que vous ne fréquentez plus ? Il peut s’agir d’un ex, de la nouvelle copine de votre ex, de vos anciens collègues, de vieilles connaissances…  Quels qu’ils soient, l’important est qu’ils vous aient fréquenté dans un grand moment de lose, et que vous leur démontriez que vous avez remonté la pente. Pour signer votre FAT come-back, vous décidez donc de mettre en ligne cette photo de votre mariage, de vos seins, de votre nouvelle maison, en vous retenant d’y accoler le sous-titre « tu vas mordre la poussière, bitch ».
Trop occupée à vous gargariser de votre estocade et à imaginer la rumination jalouse de ces figures du passé, vous oubliez qu’on ne fait jamais que supposer ce que pensent les autres, et que ces projections n’appartiennent qu’à votre imagination. Il est donc possible que devant cette photo de vous en maillot de bain et duckface, votre ex se dise uniquement « Et bien, ça ne s’arrange pas pour elle, niveau pute ». Semis pourris, moisson moisie.

• INCROYABLE, 36 prusones a vu ta profile !
A un moment, c’est devenu trop fort : vous aviez besoin de savoir, de vous accrocher à quelque chose de plus solide que votre imaginaire. Alors vous avez flanché. Lorsque vous vous êtes connecté à l’application « Découvre qui consulte ton profil », vous ignoriez que l’info allait passer sur le mur de tout votre réseau, écrivant sur votre front en lettres d’or « j’ai trop la honte ».
Double peine : dans un français plus qu’approximatif qui vous laisse supposer le caractère amateur de l’appli, vous découvrez qu’au global, tout le monde s’en fiche un peu de votre vie. Sauf Bernard Gloubi-Grospopo, qui arrive en tête des individus louches venus sur vos albums-photos pour les scruter… et plus si affinités.

PS : Une illustration réalisée avec dextérité et grâce sur Powerpoint. Admire le style, et stalke-moi !

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