7 choses que je ne dirai plus en 2013

Salut à vous, jeunes loups aux dents longues,

Je vous observe depuis quelques jours, et je ne peux qu’admettre que vous êtes bien éduqués.
« Bonne année » par ici, « Plein de bonheur » par là, « Et surtout la santé, hein ! » un peu plus loin. Ha pour ça, il y a du monde. Pour les blagues sur « 2013, l’année de l’alèse », aussi, ça se bouscule à la machine à café.

Mais quand il s’agit de prendre de bonnes résolutions, là, par contre, on ne voit plus personne ! Tout le monde a soudain des choses plus importantes à faire.
Non mais dites donc, jeunes gens, vous vous croyez où ? Et le respect des traditions, nom d’une pipe !

J’ai déduit que si aucun d’entre vous n’avait encore pris d’engagement, c’est parce que vous manquiez d’idées. Ma résolution pour 2013, l’année des gros balaises, étant de faire régner l’ordre et la discipline dans ce monde chaotique et laxiste, je vous propose donc de choisir pour vous quelles seront vos résolutions pour les douze mois à venir.

J’ai donc décidé que vous alliez vous résoudre à abandonner quelques thèmes de discussion insupportables.
En effet, pourquoi le cacher plus longtemps ? Certains d’entre vous s’obstinent – peut-être par ignorance, peut-être par bêtise, peut-être par perversion- à aborder des sujets qui invariablement ennuient, révulsent ou terrifient leurs interlocuteurs.
Et sachez que c’est uniquement par pudeur et bienséance que personne ne vous a encore hurlé « TAIS-TOI, BOUGRE(SSE) !« .

Jeunes gens, il y a des choses que vous ne devez pas dire, même si vous brûlez de les raconter. Même s’ils vous démangent la langue, il y a des détails de votre vie que personne n’a besoin et envie de connaître. Même pas votre famille. Et parfois, surtout pas votre famille (mais on va y revenir).
Comme dirait Rowenta, chantre de l’érudition germanique : « Find the force of silence« .

SUJET A BANNIR #1 : Les rêves
Ca peut sembler innocent comme ça. Vous vous réveillez, complètement passionné et interloqué par ce rêve que vous venez de faire, par sa qualité scénaristique, par la richesse de ses intervenants. Il vous faut le raconter à quelqu’un. N’importe qui.
« Alors tu vois, j’étais avec Antoine. En fait, il ressemblait plutôt à Philippe Bouvard mais je savais que c’était Antoine. On allait acheter des framboises, mais il n’y en avait plus. Du coup Antoine disait « Tu crois qu’en Belgique, il pleut encore ? ». Et là, d’un seul coup, on se retrouvait à dos de cabillaud, et il y avait ta mère en short de skaï qui… »
STOP ! Pitié, n’en racontez pas plus. Que ce soit dit une fois pour toutes : à moins d’être Christopher Nolan, vos rêves n’intéressent que vous. Ceux qui en subissent le récit ne peuvent pas ressentir le sens et la magie profonde que leur trouvera votre psyché. Ils y verront seulement la succession soporifique d’éléments incohérents, pénibles et beaucoup trop longs.
A l’avenir, réfléchissez bien avant de raconter vos rêves à votre concubin. Et si vous n’avez pas de concubin, réfléchissez bien aussi. Vous vous demandez pourquoi il/elle vous a quitté(e) sans explication ? Rembobinez votre film conjugal. Vous lui racontiez vos rêves tous les matins au petit-déjeuner ? Ne cherchez plus.

• SUJET A BANNIR #2 : Les meilleures blagues d’un film
« Les blagues de ce film ont été réalisées par des professionnels. Ne tentez pas de les reproduire chez vous. » Voilà la mention qui devrait figurer dans le générique de fin de chaque film comportant une ou plusieurs bonnes plaisanteries. On connait en effet peu de choses plus embarrassantes que quelqu’un qui essaye -seul, totalement hors contexte et gloussant à moitié parce qu’il connait déjà la chute- de reconstituer une scène drôle impliquant plusieurs acteurs. De grâce, sauvez votre honneur, arrêtez.
Ne tentez pas non plus de raconter le DVD de Florence Foresti ou Gad Elmaleh. Ou celui de Jean-Marie Bigard, sauf si vous souhaitez tuer votre interlocuteur.

• SUJET A BANNIR #3 : Les meilleurs moments d’une soirée
Certes, votre intention de partage est louable, mais si cette personne n’était pas là à la soirée, il est inutile de lui raconter cette scène qui vous a trop fait marrer avec Bernard. A fortiori, si Bernard et vous étiez ivres comme des outres, ou sous l’emprise d’une quelconque substance psychoactive. Rappelez-vous : un fou-rire (comme un bâillement) n’est contagieux que sur le moment où il se produit.

• SUJET A BANNIR #4 : Votre vie uro-génitale
Attention, pas d’amalgame : un proche ne sera jamais contre une bonne anecdote à base de sexe. SAUF :
– s’il s’agit de vos enfants, même adultes : si vous leur avez longtemps dit que les enfants naissaient dans les choux, c’était justement pour les préserver de visualisations prêtant à leurs géniteurs des attributs sexuels et potentielles déviances associées. Madame, vous n’avez pas le droit de dire à votre fille que le mohair vous excite plus qu’aucun être humain, et que vous vous caressez devant des forums spécialisés sur Doctissimo (avec la souris, parfois).
– s’il s’agit de votre accouchement : votre épisiotomie ne rentre pas dans la catégorie des histoires sexuelles croustillantes qu’apprécie d’ordinaire votre meilleure amie.
– s’il s’agit de votre ex : vous vous entendez bien, Alleluia. Il/elle n’a pas besoin de voir les photos de votre gang-bang à Venise.

• SUJET A BANNIR #5 : La vie de vos enfants en bas âge
« Mais je m’en fous de ta vie ! Il est moche ton gosse, il a pas de dents ! Et puis il dessine mal ! C’est censé être une jupe ce triangle pourri ? Zéro !« . Ce n’est pas parce que la convention sociale veut qu’on ne dise pas la phrase précédente qu’on ne la pense jamais. Epargnez-vous des haines secrètes : partagez votre enthousiasme avec des personnes qui ont déjà mis bas, et qui sont sous l’emprise de la même hormone euphorique que vous.

SUJET A BANNIR #6 : Votre vie organique
La nature est bien faite. Ce qu’elle a placé à l’intérieur de vous devrait rester à l’intérieur de vous. Je sais que vous aimez avoir l’air détendu, et c’est vrai que parler librement de votre transit intestinal prouve que vous êtes à la cool sur le sujet. Mais justement, ne vous détendez pas trop. Retenez-vous un peu, même. Si vous voulez êtes vraiment cool, faites du skateboard, checkez vos potes, ou apprenez à faire la toupie.

SUJET A BANNIR #7 : Votre vie organique médicale
Attendrir, émouvoir, impressionner… nombreuses peuvent être les raisons qui vous poussent à coincer votre voisin dans l’ascenseur pour lui raconter votre coloscopie avec double intubation.
Si vous avez besoin d’en parler, il y a aussi SOS Amitié. 0812 812 812, prix d’un appel local non surtaxé.

Bien, je vous laisse méditer sur tout ça, jeunes chenapans. Et vous souhaite une belle année 2013, avec beaucoup de joie, de bonheur, et la santé surtout.
Parce qu’un santé saine, c’est important pour des discussions saines, comme vous l’aurez compris.