Mon corps, pourquoi m’embarrasses-tu ?

Dans notre société contemporaine, on oublie souvent que l’homme ne gouverne pas la nature. D’ordinaire indulgente, Mère Nature nous rappelle parfois sa toute puissance en faisant fondre sur nous des ouragans et tsunamis dévastateurs.
Le reste du temps, elle nous montre aussi qui est le boss de manière plus subtile, par le biais de notre corps.
Tous les jours, à travers notre enveloppe charnelle, la nature se plait à nous jouer des tours, et à nous indiquer notre condition de simple mortel.

Voici un tour d’horizon des situations où notre corps nous prouve que même si nous nous donnons du mal, jamais nous ne maîtrisons pleinement la situation.

• la main moite

C’est un grand classique : vous serrez la main de votre interlocuteur, et lorsqu’il la retire, vous le voyez se l’essuyer promptement sur le tissu de son pantalon. Sur son visage, vous lisez la même angoisse dégoutée que s’il venait de caresser une couleuvre. Ca commence bien.

• la voix qui déraille

Ca se passe toujours à un instant crucial, lorsque vous devez prendre la parole en réunion, ou lorsque c’est le moment de dire « Oui » à votre mariage.
Après être resté longtemps silencieux, vous ouvrez la bouche, et sans crier gare, votre voix s’enroue comme un adolescent en pleine puberté.
Comme si cela ne suffisait pas, votre prise de parole peut également cumuler d’autres facteurs aggravants comme le petit rot mal dissimulé, le reflux gastrique ou la fameuse PÂTEUSE, bien connue des amateurs de substances illicites.

• le (très gros) bouton

Il fait sentir son arrivée de préférence à la veille d’un rendez-vous important (rencontre galante, entretien d’embauche, etc.). Pendant 24h, il vous plonge dans un débat stérile avec vous-même : « je le touche, ou je le touche pas ? ».
Débat stérile donc, et perdu d’avance, car après avoir résisté pendant des heures au prix d’un effort colossal, n’y tenant plus, vous tripotez et compressez l’importun 30 minutes avant votre rendez-vous, où vous vous rendez donc, à moitié défiguré malgré une couche indécente de fond de teint.
Alors que votre interlocuteur fasciné est incapable de vous regarder dans les yeux, vous hésitez à prétexter une piqure d’araignée ou d’un autre prédateur.
Cela vaut toujours mieux que de confesser que cet accès de sébum est dû à une consommation excessive de chips et de saindoux.

• le végétal sur la dent

Il s’agit d’un grand classique absolument pernicieux, car vous ne vous doutez de rien jusqu’à ce que ce végétal collé sur votre incisive vous apparaisse à la faveur d’un miroir (et cela peut durer longtemps).
Le persil sur la dent est très solitaire, car rares sont les interlocuteurs qui seront prêts à interrompre vos rires à gorge déployée pour vous avertir de l’horreur de la situation.
La prochaine fois, au lieu de vous la jouer healthy avec de la roquette, vous prendrez une andouillette.

• les flatulences

Ne prenez pas cet air dégouté, ce sujet est inévitable lorsqu’on aborde les trahisons ordinaires que nous réserve notre corps. Il arrive que le pet nous saisisse lorsque nous sommes seul, et alors tout se passe à peu près bien.
Il arrive aussi qu’il se manifeste dans un lieu public. Il vous est alors loisible de faire porter la responsabilité à quelqu’un d’autre, en simulant une mine offusquée.
Mais il arrive enfin que le pet frappe à votre porte en situation confinée : en couple, en réunion, dans un ascenseur.
Ce qui vous attend alors est un choix entre la peste et le choléra : la mort sociale ou la mort par tentative désespérée de contenir vos flatulences.
Bonne chance.

• la vanité

Dans toutes les situations précédentes, ce sont des parties de votre corps qui jouent contre vous. Mais en définitive, c’est votre corps tout entier qui peut vous paraitre traître.
En effet, au quotidien, vous vous donnez un mal de chien pour contrôler votre image. Sur les réseaux sociaux, vous ne publiez que des photos où vous êtes à votre avantage et sur lesquelles – soyons honnêtes – on ne vous reconnait quasiment pas.
Mais il arrive parfois qu’un ami inconscient publie sans votre approbation une photo de soirée ordinaire où l’on distingue clairement votre double menton / votre calvitie naissante / votre débordement de cellulite. L’insolent serait même capable d’ajouter « Tu es vachement bien sur cette photo ! ».

Oui, nous avons tous été confrontés à cette photo qui ne nous rend pas hommage, et nous rappelle que bien qu’il soit nôtre, notre corps échappe à notre volonté d’être modelé selon nos fantasmes.
Face à cette trahison de nos ambitions, nous sont offertes deux possibilités : le reproche et la gêne, ou l’humilité d’accepter ce corps qui ose se montrer tel qu’il est.
Comique malgré lui, indifférent à notre ego et heureusement imparfait.

Vos cahiers d’été spécial Hommes : la diplomatie conjugale

bonheur On commence à le savoir, les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, et sur ces deux planètes, les langues ne sont pas les mêmes. C’est sans doute la raison pour laquelle la communication inter-sexe reste un mystère intersidéral.

Il n’est en effet pas rare qu’un homme tienne en toute innocence des propos que sa dulcinée juge totalement inappropriés. Car trop souvent, l’homme perd de vue que chaque phrase prononcée est analysée, interprétée et décortiquée par le cerveau féminin. Chaque jour, à cause d’une formulation maladroite, des hommes se voient entraînés dans un engrenage fatal, subissant en rafale l’indignation, la colère, la crise de larmes et l’abstinence de leurs compagnes…

Chez La Nègre, nous souhaitons vous éviter ces situations terribles et déconcertantes. C’est pourquoi nous venons aujourd’hui au secours de la gent masculine. A la manière des meilleurs conseillers conjugaux de San Francisco et de Bourg-en-Bresse, nous vous proposons ici quelques méthodes simples qui vous dévoileront les coulisses de l’interprétation féminine, et vous éviteront ainsi bien des conflits et des escalades inutiles.

Pour illustrer notre propos, nous avons choisi comme thème « les remarques sur le physique ». Messieurs, n’oubliez jamais que l’enveloppe charnelle de votre compagne est un terrain très glissant. Ne dérapez pas.

Démonstration à travers quelques cas concrets :

 

• Elle vous dit : « Je me trouve grosse »
Vous répondez : « Moi, j’aime ta cellulite ».

Pourquoi c’est une erreur : Vous pensiez la flatter avec votre réinterprétation du « je t’aimerai pour le meilleur et pour le pire » ? C’est loupé ! Vous venez juste d’avouer que ça fait déjà des mois que vous avez remarqué sa cellulite, sous tous les angles. Vous avez contemplé sa chair molle sous la douche, sous la couette, débordant du mini-short… Non seulement vous n’avez jamais rien dit, mais pire encore, votre coming-out inattendu révèle que cela fait longtemps que vous « aimez » la peau d’orange en cachette ? PERVERS !

Ce qu’il fallait lui dire : Absolument pas mon Amour, tu es divine.

 

• Elle vient de se faire une teinture blonde
Vous commentez : « Ca te donne un petit air de Patricia Kaas ! »

Pourquoi c’est une erreur : Honnêtement, vous vous êtes mis dans un sacré pétrin. Qu’est ce qui vous a pris, nom de Dieu ? En toute occasion, souvenez-vous que votre compagne est incomparable. En blonde, elle ne ressemble qu’à elle-même : superbe, sublime, indépassable.
Si vraiment vous ne pouvez pas vous passer d’une comparaison, choisissez très soigneusement vos modèles de référence. Une allusion à Grace Kelly ou Audrey Hepburn est éventuellement tolérée.
En revanche, évitez absolument les « Avec tes nouvelles lunettes, tu ressembles à Jean Roucas » ou « Tiens, quand tu chantes, tu as un peu la voix du nain gluant dans Le Seigneur des Anneaux. Tu sais, Smigogol, ou un truc comme ça… Comment il s’appelle déjà ? ».

Ce qu’il fallait lui dire :  mon Amour, tu es divine.

 

• Elle a un bouton d’herpès
Vous commentez : « Ton bouton, là, on dirait une croûte de fromage ! »

Pourquoi c’est une erreur : Je vous vois venir gros comme une maison avec votre « Ben quoi, qu’est ce que j’ai dit ? C’est vrai, après tout ! ». Certes, dans la rue, tout le monde regarde votre compagne avec effroi, et les mères cachent les yeux de leurs enfants pour leur éviter un si terrifiant spectacle. Oui, c’est un fait, ce satané virus a presque défiguré votre bien-aimée. Et c’est pourquoi elle compte plus que jamais sur votre soutien. Il n’y a rien de pire pour une femme que de se voir comme un monstre ou un gros Coulommiers à travers les yeux de son amoureux.
Vous vous souvenez des débuts de votre histoire, quand vous passiez vos soirées à vous contempler comme des merlans frits en vous disant :
– Et si j’avais une jambe de bois, tu m’aimerais encore ?
– Bien sûr, mon Amour !
– Et si je pesais 5 quintaux ?
– Absolument, mon Ange !
– Et si une grosse touffe de poils frisés poussait sur mes orteils ?
– Plus que jamais !
Et voilà que quelques mois plus tard, vous trahissez vos serments d’amour inconditionnel, en indiquant clairement à la femme de votre vie qu’entre vous et elle, il y a évidemment de la tendresse, mais surtout un gros bouton d’herpès… Quel félon vous faites !

Ce qu’il fallait lui dire : Mon Amour, tu es divine. Ce minuscule bouton ne se voit quasiment pas et n’entrave en rien ta beauté. De quel bouton parle-t-on, d’ailleurs ?

 

• Elle vous dit : « Je t’ai remarqué dès la première fois où je t’ai vu »
Vous répondez : « Ha ? Moi j’avais plutôt flashé sur ta copine Pamela ».

Pourquoi c’est une erreur : Votre phrase indique que pour vous, elle n’est qu’un deuxième choix. Dès que vous en aurez l’occasion, vous vous rabattrez sur Pamela, qui elle, a le mauvais goût de ne pas avoir de cellulite incrustée (même si vous adorez ça). Souvenez-vous, Messieurs : ne faites JAMAIS un compliment physique sur une amie de votre compagne. Contentez-vous d’un inoffensif « Elle est marrante », car tout le monde sait bien qu’une fille drôle est forcément laide. Mieux encore, n’hésitez pas à balancer une remarque tout à fait malhonnête du style « C’est sûr, Pamela est sympa, mais ses mini-jupes, ça fait quand même très mauvais genre ». Votre compagne accueillera avec une grande bienveillance ce bitchage sur ses amies.

Ce qu’il fallait lui dire : Moi aussi, mon Amour. Tu étais divine ce soir là.

 

• Elle vous regarde, vous la regardez, tout semble bien se passer
D’un seul coup, vous dites : « Ca t’irait quand même super bien d’avoir de gros seins »

Pourquoi c’est une erreur : Vous avez tenu ce propos sans penser aux conséquences, un peu comme vous auriez dit « ce serait super qu’on puisse aller sur Mars ». De son côté, elle a compris que son physique actuel ne vous convenait pas, et que pour vous plaire, vous lui demandez l’impossible. Faites marche arrière et oubliez pour toujours toute évocation à un changement d’allure réaliste ou irréaliste : « Ca serait super si tu faisais 20 cm de plus / que tu sois un homme / que tu aies des ailes de chauve-souris ». Une fois encore, souvenez-vous : votre compagne est parfaite telle qu’elle est.

Ce qu’il fallait lui dire : Mon Amour, dans tout l’univers, je n’ai jamais rencontré de créature aussi divine que toi.

 

En conclusion, les meilleures techniques pour éviter les drames causés par des remarques inopportunes peuvent être résumées par un acronyme simple : MPLOVT.
MPLOVT comme Mentir, Porter des Lunettes Occultantes, Vous Taire.
En respectant ces 3 fondamentaux, vous n’aurez plus jamais de problème dans votre couple, et entrerez dans un état de béatitude conjugale éternel.

Pour les siècles des siècles, Amen !

Les invités sur mon épaule

Je me souviens de ces dessins-animés, lorsque j’étais enfant, où l’on voyait un personnage sur les épaules duquel se tenaient un petit ange et un petit démon. Chacun d’eux soufflait au héros des idées bienfaisantes ou tentatrices, et dans ces images, on pouvait déjà reconnaître le théâtre de ce qui jouait en nous-mêmes : deux voix indépendantes se livrant bataille dans notre tête, élaborant des théories et discours contradictoires. L’une disant :

– Et si je volais le goûter de cette peste de Caroline ? En plus, elle le mérite, avec ses veilles dents de lapin !

L’autre rétorquant :

– C’est pas gentil de faire ça ! Ce n’est pas parce que ma mère ne met dans mon cartable que du pain rassis et des choux de Bruxelles que je dois sombrer dans le vice !

Bref. Depuis la cour d’école, la situation s’est complexifiée, et je serais heureuse si aujourd’hui, je ne comptais que deux voix dans ma tête.

Car avec le temps, de nouvelles voix intérieures se sont installées en moi. Et sans même vous parler de celle qui, munie d’une trompette angélique, m’invite à bouter les Anglais hors de France, je crois en avoir dénombré quelques-unes qui existent aussi dans beaucoup d’entre nous.

Chaque jour, ces voix se livrent une lutte sans merci pour savoir qui parlera le plus fort et qui prendra le pouvoir. Si bien qu’à certains moments, l’intérieur de ma tête ressemble à une fin de soirée arrosée, où l’on trouverait pêle-mêle, et complètement bourrés :

• Un maboule

Chacun de nous à un dangereux malade mental au fond de lui. Le mien est particulièrement chaud quand je roule à vélo. Si je prenais note du discours qu’il me souffle quand je chevauche un Vélib, il y aurait de quoi couvrir 5 tomes d’insultes le temps d’un trajet Strasbourg Saint Denis – Notre Dame de Paris.

Mon maboule intérieur se sent provoqué par tout et suppose que l’univers conspire contre lui : il est certain que ce taxi s’est rabattu EXPRES ; que cette vieille dame impotente met deux heures à traverser le passage piéton EXPRES ; que ce mec qui écoute Rire & Chansons dans sa voiture visite son nez avec son doigt EXPRES.

Evidemment, le maboule imagine faire endurer mille supplices aux personnes qui sont l’objet de son courroux. Dans ses pensées fougueuses, plus d’un passant innocent est déjà mort étouffé dans une grille d’arbre.

Et bien entendu, le maboule intérieur ne s’attaque pas uniquement aux inconnus qui croisent sa route. N’importe quel insolent de votre connaissance qui a eu le mauvais goût de vous irriter (votre patron, votre conjoint, votre marchand de journaux) est déjà passé sur le feu de sa pierrade Tefal.

• Une pythie de Delphes (autrement appelée Une parano)

Comme la Pythie lisait le sens caché des choses dans les vésicules de poulet, cette voix intérieure voit un sens occulte dans chaque événement banal du quotidien. Elle interprète tout, et est évidemment persuadée que ses interprétations sont justes. Les phrases qu’elle vous suggère commencent toujours par : « Je suis sûr/e qu’il/elle a dit/fait ça parce que… »

Par exemple, votre boulanger vous a dit « Ca fera 20 centimes, ma bonne dame » : il essaye de vous dire qu’il vous trouve bonasse.

Votre cousin partage un article sur Facebook où il est question d’alcoolisme : il sait que vous buvez trop.

Votre collègue a décroché son téléphone au moment où vous entriez dans le bureau : il vous déteste.

En bref, votre Pythie de Delphes sait tout, sur tout le monde. She even knows what you did last summer.

• Une chochotte

C’est la voix intérieure qui vit dans la terreur et vous invite à vous méfier de tout. Elle se nourrit en priorité des faits-divers du Parisien et de l’imagination débordante des scénaristes hollywoodiens.

C’est celle qui dit : « Mon Dieu, ce passager du siège 33K ressemble très fortement à Oussama Ben Laden » ou « ce bruit dans le grenier est probablement un vampire/revenant/bébé possédé ».

Si vous l’écoutiez avec trop d’attention, vous passeriez votre vie cloitré chez vous, à faire vos courses exclusivement sur Ooshop.com, et à attendre le livreur avec une arbalète.

• Un mytho

Parfaite antithèse de la chochotte et des comportements pleutres qu’elle induit, le mytho invente non-stop des scénarios dont vous êtes le héros.

Vous n’êtes pas intervenu lorsque cette personne âgée s’est faite détrousser sous vos yeux par un jeune loubard ? Vous vous êtes écrasé quand votre patron vous a annoncé votre mutation dans la banlieue lointaine de Bourg-en-Bresse ? Qu’à cela ne tienne, votre mytho intérieur vous propose de nouvelles versions des faits où, revêtu d’une cape, du marteau de Thor et du charisme de Vin Diesel, vous faites régner la justice sur le monde et gagnez le respect craintif de vos pairs.

• Une groupie

Après le petit ange et le petit démon sus-cités, la groupie est l’une des premières autres voix à s’être installée durablement dans notre tête. Elle a commencé tranquillement avec des rêveries amoureuses impliquant Roch Voisine ou Larusso (et plus rarement Roch Voisine ET Larusso). Et depuis, elle s’est installée en renouvelant régulièrement l’objet de ses fantaisies. Aujourd’hui, elle passe de longues heures à vous occuper l’esprit en dévidant ses fantasmes impliquant votre fiancé/e, votre contact Gleeden ou cette personne sexy-strict de la compta.

• Paco Rabanne

Une chose intéresse cette voix intérieure : ce qu’il va se passer dans le futur, dans 5 minutes comme dans 60 ans. Ses anticipations vont de l’achat nécessaire de rouleaux de PQ, à la carrière de vos futurs enfants encore à naître, en passant par l’Apocalypse et les avantages de la convention obsèques MMA (plutôt Granit ou Faux-marbre ?).

Cette voix passe sa vie en anticipations et prévisions, et le fait que rien ne se soit jamais passé comme elle l’avait imaginé ne lui donne hélas pas du tout envie de fermer sa gueule.

• Un vieux gâteux

Antithèse de la voix Paco Rabanne, cette voix intérieure n’est concernée que par le temps passé, qu’elle radote en boucle. Comme c’était bien, avant. Ou comme c’était difficile. « Ha ça, mon p’tit gars, on en a bavé en 1995 quand c’était la mode des Buffalos ».

Évidemment, vous connaissez déjà par coeur toutes les histoires que cette voix vous raconte, mais jamais vous ne l’empêchez de continuer à les débiter.

La patience que vous n’avez pas à l’égard de votre grand-mère, vous l’avez totalement à l’égard de vous-même.

• Un tyran

Le tyran est cette voix impitoyable qui considère que les personnes qui vous entourent devraient se comporter de manière différente, à savoir : comme vous l’avez décidé.

Vous savez ce qu’il faut faire : POURQUOI DIABLE LES AUTRES NE VOUS OBEISSENT-ILS PAS ?

Par exemple, quand vous flagellez votre mec parce qu’il a rangé les fourchettes dans le mauvais tiroir, on peut considérer que « le tyran » a pris temporairement le contrôle de vous.

Dans ces moments, vous êtes un monstre autoritaire, c’est vrai.

Mais ne soyez pas trop sévère avec vous-même. Car vous souffrez aussi sous le fouet de votre propre tyrannie. L’exigence que vous imposez aux autres, vous vous l’imposez aussi, et votre tyran intérieur ne vous épargne pas. Car c’est lui qui va vous repasser en boucle l’un de vos moments de lose en vous disant « Pute borgne, tu aurais dû faire ça ! Comment peux-tu être aussi cruche ? ».

Une voix intérieure odieuse, mais dont, une fois encore, on n’a pas trouvé le moyen de se débarrasser.

• Un objecteur de conscience.

Pour comprendre la façon dont opère cette voix intérieure, il suffit d’avoir déjà rencontré cet homme, qui après avoir fait 20 minutes de queue au MacDo attend le moment d’être en caisse pour dire « Alors, qu’est ce que je vais prendre?… Hmmmm, un McChicken. Ha non non non, attendez. Non, je crois que je vais plutôt prendre un BigMac. A moins que je me laisse tenter par…« .

Quand votre objecteur de conscience est puissant, chaque décision devient une épreuve. Pour vous, comme pour votre entourage.

Toutes ces voix énumérées, et de nombreuses autres, nous tiennent toujours compagnie et se disputent constamment le temps de parole.

Mais il arrive parfois qu’elles se taisent toutes d’un coup : devant quelque chose de très beau, dans un fou rire, dans un instant de plaisir…

En pensant à ces rares moments de paix, me reviennent ces images du diablotin et de l’ange perchés sur nos épaules, dans les dessins animés de notre enfance.

Elles nous livraient en douce un autre secret : si ces voix qu’on croit nôtres nous parlent depuis l’extérieur, c’est qu’il existe aussi à l’intérieur de nous un autre espace silencieux, radieux et calme ; à l’abri de tout commentaire et à l’écart du bruit.

Une zone belle et tranquille, comme un été invincible au coeur de l’hiver.

Végétariens vs carnivores : le choc des civilisations

Chers amis,
Il y a quelques temps, je vous racontais comment j’étais devenue végétarienne.
« Pourquoi donc revenir sur le sujet, diablesse ? », pourrais-tu donc protester.
Et bien, mécréant, je m’autorise cette redite, car depuis un an et demi, mon végétarisme s’est mesuré au monde et à ses habitants.
Et les réactions qu’il inspire, loin de me décevoir, m’ont plutôt fascinée.  Que tu sois carnivore ou végétarien, cela te concerne.

Prenez n’importe quel contexte ordinaire qui vous oblige à dire « je suis végétarien/ne ». Par exemple :
– en soirée, quelqu’un vous tend un roulé à la saucisse
– ayant déjà décliné le pâté, le saucisson, le sanglier, vous répondez : « non merci, je suis végétarien/ne »
– immédiatement, la musique se coupe, les convives cessent de parler, et l’homme à la saucisse, la mine tragique, vous dit invariablement :

1- « Mais… ça t’est arrivé quand ? »
Ca commence TOUJOURS comme ça. Vous annoncez que vous êtes végétarien, et le visage de votre interlocuteur se répand vers le bas comme une glace au soleil. C’est comme si vous veniez d’annoncer que vous avez eu un cancer, les deux jambes mangées par une orque, ou que vous aimez trop les enfants. En donnant votre réponse, vous entendez votre voix sombrer dans une ambiance plus plombée qu’un requiem.

2- « Mais, tu fais ça pour les animaux ? »
Passé le choc initial, votre interlocuteur essaye de faire preuve d’empathie, et cherche à comprendre vos motivations. Etes vous devenus trop sensible au destin des bêtes après avoir visionné une fois de trop la pub 30 millions d’amis (« non mais t’es sérieux ? Un animal, ça ne pleure vraiment pas ? ») ? La viande vous procure-t-elle des gaz ? Vous avez entendu une histoire d’intoxication qui vous a traumatisé ? etc.
Passée l’étude des causes, c’est tout naturellement qu’on bascule vers les modalités pratiques.

3- « Donc tu ne manges pas de poulet ? »
Cette version végétarienne du « Pourquoi, fallait que j’en prende ? » peut laisser perplexe, et pourtant… Elle surgit plus souvent qu’on ne le croit. Je n’ai ni explication, ni théorie sur le sujet. Une seule certitude si vous vous sentez concerné par cette réplique : il peut être utile de reprendre vos classeurs de 6ème de Sciences de la Vie et de la Terre.

4- « Donc tu ne manges pas d’oeuf ? »
Là encore, impossible de savoir si les personnes qui posent cette question commettent simplement une confusion entre végétarien et végétalien… ou si elles croient que l’oeuf est un animal. Dans ce cas, peut-être versent-elles des larmes amères devant les briques de lait, pauvres petits arrachés trop tôt au sein de leur mère.

5- « Donc tu ne manges pas de foie gras ? »
Toujours plus loin, toujours plus fort, cette réplique porte le label « scène vécue ».
Comme vous vous en doutez, bien que végétarienne, je m’autorise évidemment une exception pour ce mets savoureux qui associe dégustation d’organe et summum de la maltraitance animale. Les jours où je me livre à des orgies de foie gras, je revêts pour l’occasion une toque en fourrure de renard et de lapin. Et me passe un CD d’enregistrement de tapettes à souris, qui font de formidables percussions.

Interlude : à ce moment là, une personne normale décroche et change de sujet. Une personne très carnivore (ou qui manque simplement de sujet de conversation) va vous coincer dans les cordes pour poursuivre son enquête. Régulièrement, c’est ici que la discussion quitte le coquet chemin de la curiosité pour rejoindre l’autoroute de la controverse.

6- « Ohlalalalalalala, moi je ne pourrais pas »
Bien que vous vous en fichiez, et que vous n’ayez jamais cherché à le convertir, cet individu tient à vous le dire : il ne pourrait pas être végétarien. Non pas qu’il ait déjà essayé, mais il le sait, parce qu’il adore la viande, parce qu’il manque de fer, parce qu’il ne saurait pas cuisiner des légumes, parce que quand-même-un-peu-de-saucisson-à-l’apéro, parce que si c’est comme ça on ne bouffe plus rien, parce qu’un animal c’est con…
Si vous êtes végétarien et subissez ce discours, soyez patient.

7- « Mais alors, tu dois avoir des tonnes de carences ! »
En fait non, pas du tout. Mais merci.
Si vous êtes végétarien et subissez ce discours, imaginez votre interlocuteur se faire piétiner par une vache.

8- « Si tu n’as pas de carences, ça veut dire que tu manges du tofu ???!!! »
Cette réplique est systématiquement prononcée avec une grimace d’horreur et de dégout. Ce qui vous permet de répondre avec enthousiasme :  « Bien sûr, je mange du tofu ! Mais attention, je ne le cuisine pas, hein ! Je fais en sorte que ce soit vraiment dégueulasse. En fait, je le sors de son sachet plastique et je le mange en snack, comme ça, cru et sans rien. Un peu comme tu fais avec tes chipolatas, en fait ! »
Chers amis, j’aimerais qu’on en finisse avec les clichés sur la bouffe végétarienne infâme. Ok, les restaurants macrobiotiques ont fait beaucoup de mal à la réputation des végétariens. Presque autant que les allemands aux Birkenstock et à l’épilation d’aisselle. Mais c’est fini maintenant. Il faut savoir tourner la page. Pensez à la gastronomie italienne, libanaise, indienne. Détendez-vous.

9- « Si tout le monde faisait comme toi, il n’y aurait pas assez de place pour les récoltes »
Une réplique comme celle-ci ne peut-être que l’oeuvre d’une personne qui croit que Wikipedia est une encyclopédie. Le genre de personne qui place la science au pinacle, mais la pratique au niveau poussin-amateur. Invitez-la à méditer sur la part de l’agriculture consacrée à l’alimentation du bétail, et à relire « Ainsi parlait Haroun Tazieff » de Freddy Nietzsche.

10- « Tu verras, ça va te passer »
Pour certains de vos amis, confesser votre nouvelle fascination pour le végétal serait comparable à leur présenter un mec monstrueusement hideux et débile en leur disant « Je l’aime ! ». Dans un cas comme dans l’autre, incrédules et horrifiés, ils ne peuvent que déduire que ce que vous lui trouvez ne regarde que votre intimité.
Ainsi, s’ils supposent que vous avez découvert dans les concombres et courgettes un plaisir peu ordinaire, ils sont convaincus que bientôt, vous vous lasserez pour revenir à la raison et à la jouissance authentique : l’alimentation carnée approuvée par tous.

11- « Donc tu vas finir à élever des chèvres dans le Larzac »
Or, il arrive que votre entourage constate que votre végétarisme ne vous passe pas. C’est alors qu’il commence à s’inquiéter. Tout comme la première cigarette mène invariablement au shoot d’héroïne, arrêter la knacki fait chuter lentement vers la marginalisation. En fait, vos proches s’en rendent compte maintenant : ils auraient dû vous arrêter quand vous avez jeté votre télévision. Depuis, vous êtes sur une pente très glissante. Bientôt, vous allez arrêter de vous peigner. Vous allez épouser un paysan. Vous accoucherez dans une yourte et passerez du Manu Chao à votre nourrisson…
Et quand ce dernier aura grandi et sera en âge d’être traumatisé par Bambi, vous ne lui cuisinerez même pas une petite côtelette pour le consoler.

 

Commentaire subsidiaire pour les âmes sensibles à ma méchanceté :
Oui, je sais, si certains carnivores sont ignorants, il serait préférable de leur répondre avec douceur et pédagogie, plutôt qu’avec moquerie. Mais que voulez-vous, les végétariens sont des personnes comme les autres : il arrive parfois (par exemple en voyant la 1000ème tête dégoutée à l’évocation du tofu), que nous manquions tout simplement de patience et d’empathie.


Illustration : Simon Sek

Sport. Dignité. Sudation.

S’inscrire à un cours de sport fait partie des ordinaires résolutions de la rentrée. En revenant de vacances, on se sent suffisamment énergique pour manger 5 fruits et légumes par jour et pratiquer une activité physique régulière. Flairant l’opportunité et voulant nous aider à passer le cap, les clubs de sport proposent quantité de cours d’essai gratuits.
Afin de te faire gagner du temps et de la sueur, je me suis permis d’en tester un pour toi : le cours de fitness.

Version féminine du cours de boxe, le cours de fitness s’adresse aux personnes qui ont envie de se défouler. S’il ne permet hélas pas de frapper des innocents volontaires, le cours de fitness présente l’avantage de préserver l’intégrité de tes cloisons nasales.
Il existe plusieurs types de cours de fitness. Pour cette enquête, j’ai demandé à l’accueil du club de m’orienter vers celui qui défoule « vraiment ».
La personne interrogée m’a répondue « Ce soir, on a un cours très très cardio, chorégraphié, et qui demande beaucoup de force. Ca s’appelle Body Attack. Tu devrais vraiment le sentir passer ».

Absolument tout dans ces 3 phrases aurait dû m’alerter. Ne serait-ce que l’intitulé « Body Attack ». Dans quel contexte utilise-t-on ce mot, normalement ?
Attaque cardiaque ?
Attaque de requin ?
Attaque à main armée ?
Au lieu d’être réaliste et de reculer calmement vers la sortie, j’ai répondu : « Cool ! A tout à l’heure ! ».

Me voici donc de retour le soir même dans l’antre de la dépense physique et calorique.
La prof de Body Attack est dynamique. Très dynamique. Elle parle extrêmement fort, d’une manière à la fois commerciale et autoritaire. N’eut été son jeune âge, je soupçonnerais 20 ans passés au service Radio de la Légion. Elle commence par « J’ESPERE QUE VOUS ETES PRETES PARCE QUE CA VA ETRE VRAIMENT INTENSE ! WOU ! »
A ce moment là, je ne panique pas.

Quand elle lance à 3000 décibels un tube de David Guetta, j’ai déjà un peu plus peur. Mais avant que mes oreilles ne se mettent à saigner, je ressens les vertus de cet indigent registre musical.
Pendant qu’elle nous fait courir sur place en agitant les bras comme des aliénés, je me demande combien de temps aurions-nous tenu le rythme en écoutant du Serge Reggiani.
La réponse : 2 minutes et 30 secondes.

En effet, il ne faut guère plus de temps pour comprendre le principe du Body Attack : enchaîner des mouvements très rapides qui engagent tout le corps, sans aucune pause. Jamais. Tu cours, tu poursuis avec 50 pompes, tu te relèves pour faire des bonds sur les côtés,  tu continues avec 60 swats, et ainsi de suite pendant 45 minutes. Alors, oui c’est extrêmement dur physiquement, et comme promis, ton corps « le sent passer ».
Ton ego aussi.

Vous savez comment est fichue une salle de fitness : comme une salle de danse. Du parquet au sol, et un immense miroir mural, pour observer tes mouvements. Or, dans un cours de fitness, tu n’as pas envie de voir ce que tu vois : ton teint aubergine. L’humidité invraisemblable de ton corps. Et surtout ton enveloppe physique en haute lutte. Car si les mouvements proposés par la prof ne se caractérisent déjà pas par leur grâce, la libre interprétation que tu en fais est totalement obscène de ridicule.

Car le Body Attack te fait découvrir que tu as de lourds problèmes psychomoteurs.  Bien que les consignes soient très claires (hormis quelques propos totalement hermétiques tels que « ABDOS TONIQUES POSITION BODY ATTACK ! »), c’est comme si les mots et les démonstrations de la prof ne s’imprimaient pas dans ton cerveau. « Vers la gauche », tu pars à droite. S’il faut taper dans tes mains, tu le fais systématiquement à contretemps… etc.

Pour ma défense, je n’étais pas la seule à faire régulièrement n’importe quoi. Dans l’ensemble, on n’avait pas vu telle hécatombe et telle anarchie depuis la bataille de Waterloo. La prof, en capitaine déterminée, faisait tout pour motiver ses troupes. Après avoir essayé la forme interrogative : « EST CE QUE VOUS ETES LA ? » et n’avoir récolté que quelques râles en réponse ; elle avait changé de stratégie grammaticale en nous haranguant avec des « DONNEZ TOUT ! WOU ! » ou « JE SAIS QUE VOUS ME DETESTEZ ! WOU ! » qui, au moins, n’exigeaient pas de commentaires.

Attirés tels des charognards par des proies mourantes, quelques hommes se pressaient à la porte de la salle avec un air goguenard. On a tous déjà fait ça : un cours de fitness est tellement absurde qu’on oublie qu’il s’agit de vrais gens, avec une dignité et un coeur qui bat. C’est une sorte de zoo, où les animaux s’ébattent en tenue de lycra.

Bref, je crois que ces spectateurs sont passés au moment où ma sueur tombait en grosses gouttes sonores sur le sol. Heureusement, les plocs étaient couverts par les soupirs d’une jeune-femme tombée par terre qui affirmait « je peux plus, j’en peux plus », soupirs eux-mêmes couverts par les encouragements de la prof : « RELEVE-TOI, NE RESTE PAS PAR TERRE ! WOU ! ». Et à l’adresse de toutes les autres, tentées de la rejoindre dans la vautre : « SI C’EST TROP DUR, PRENEZ L’OPTION FACILE ! ».

C’était un argument pourri. On savait depuis 35 minutes déjà que « L’option facile » était la plus grosse imposture de tous les temps.
Option normale : Faire des pompes sur un bras.
Option facile : Faire des pompes sur le bout des doigts.
Les profs de fitness aiment manifestement jouer sur les mots.

Pour revenir sur la sueur, qui est quand même un sujet important pour une femme du monde : je n’ai jamais vu ça. Nous ne nous contentions pas de transpirer. Nous étions devenues des brumisateurs humains. Notre corps dégageait de l’eau autour de nous dans un rayon d’un mètre.

Et c’est alors que nous en étions à échanger nos fluides corporels à distance que la prof nous a averties que nous entamions le dernier morceau. C’était l’occasion pour nous de livrer tout ce qu’il nous restait d’énergie (puisque nous n’avions sans doute, après le cours, rien prévu d’autre que mourir).

C’est ainsi que j’ai découvert que David Guetta composait des chansons extrêmement longues. Mais que je n’ai pas capitulé.

Mieux encore, lorsque le cours s’est terminé et qu’on a commis cet applaudissement général, qui autrefois m’aurait semblé aussi grotesque qu’applaudir à l’atterrissage d’un avion qui n’a pas failli se crasher en vol, j’étais heureuse. Violette mais heureuse. J’ai même placé un « WOU ! ». A contretemps.

Depuis, je ne peux plus descendre un escalier sans boiter.
Mais je suis inscrite au club.
L’histoire ne dit pas si l’engagement passera l’automne.

PS : Evidemment, l’image provient de Awkward Family Photos.

La virilité, c’est pas du cinéma

Ce matin, à la boulangerie, une vieille dame m’a appelée Monsieur.
Après lui avoir adressé un uppercut franc et direct digne d’un vrai bonhomme, j’ai trouvé la situation de circonstance pour réfléchir à la question suivante : « Qu’est ce que signifie la virilité pour les filles d’aujourd’hui ? Sur quoi repose notre vision archétypale du masculin ? ».
Pour la plupart d’entre nous, les films sont les principaux responsables de nos représentations du mâle idéal. Au fur et à mesure des succès du box-office, le 7ème art a pétri notre imaginaire avec des images d’une masculinité rêvée.
Soyons clairs : ce faisant, l’industrie du cinéma a fait de gros dégâts.
Marquées par la force esthétique de certains modèles virils sur pellicule, beaucoup de femmes en sont venues à mépriser les hommes de chair et de sang, qui ne leur apparaissent plus que comme une contrefaçon discount d’un Adam parfait, déjà croisé au ciné.
Et c’est vrai qu’on peut se demander pourquoi l’homme réel ne réagit jamais comme son homologue en DVD.
Prenons à titre d’exemples quelques caractéristiques viriles, et leurs applications au cinéma et dans la vraie vie.

• L’homme idéal est riche
Modèle : Richard Gere dans Pretty Woman
Ce que nous promet le film : Il a beaucoup travaillé, dans l’unique but de pouvoir vous faire plaisir. Tous les soirs, il vous fait la démo intégrale du catalogue MasterCard (opéra, tournée à dos d’éléphant, toast à l’oeuf de lump, suite recouverte de pétales de rose…) sans lâcher votre main, à aucun moment.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Parce que « l’argent, ça ne se gagne pas tout seul, tu crois quoi ? », votre prince vous néglige en vous laissant sa carte bleue sur la table de nuit. Vous compensez la tristesse de son absence sur l’avenue Montaigne, et découvrez l’amour auprès d’un chien de petit format.

• L’homme idéal pratique la danse de salon
Modèle : Patrick Swayze dans Dirty Dancing (John Travolta pour votre maman)
Ce que nous promet le film : En ondulant du pelvis, il vous fait tourner sur du tango, de la rumba ou du François Feldmann jusqu’au bout de la nuit. Il guide, vous n’avez qu’à suivre. Votre corps est un volcan.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Sa passion ? Danser le Cha-cha-cha sur des patins à glace ou à roulettes, et prendre prétexte d’une accélération de rythme pour frotter son sexe contre votre jambe. Il participe à « La nuit des sosies de Philippe Candeloro ».

• L’homme idéal a un accent slave/des cicatrices, indices d’un passé trouble
Modèle : Viggo Mortensen dans les Promesses de L’Ombre et History of Violence
Ce que nous promet le film : Vous ne savez rien de son passé, mais ça ne devait pas être joli-joli. Peu importe, par amour pour vous, il a décidé de se repentir et de devenir un sage et tendre père de famille. Tout homme a droit à une seconde chance.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Il est né en Pologne, et quand il était petit, il a fait une vilaine chute à vélo dont il garde quelques traces sur le front.

• L’homme idéal est un pilote
Modèle : Ryan Gosling dans Drive
Ce que nous promet le film : Il vous emmène à Deauville sur un coup de tête. Il conduit toute la nuit sa superbe voiture pendant que vous vous assoupissez sur le siège passager. S’il se laisse parfois tenter par une petite course-poursuite, il n’en reste pas moins gentleman : où que vous alliez, il descend d’abord pour vous ouvrir la porte.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Passionné de voitures, il passe ses week-ends sur des circuits avec ses potes (s’il est riche), devant F1 2011 sur Xbox (s’il est pauvre), sur sa trottinette (s’il est déficient mental). S’il vous arrive de conduire à ses côtés, il vous insulte quand vous ratez votre créneau, ou sortez à la mauvaise sortie de rond-point.

• L’homme idéal n’est que tact et délicatesse
Modèle : Ruppert Everet dans Le Mariage de mon meilleur ami.
Ce que nous promet le film : il remarque votre nouvelle coiffure, votre nouvelle ombre à paupière, votre nouveau top. Il aime faire du shopping et regarder Glee avec vous. Il vous parle en vous regardant dans les yeux, et vous dit souvent que vous êtes la plus belle des femmes.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Il est gay.

• L’homme idéal dit « Je t’aime » sous les intempéries
Modèle : Colin Firth dans Bridget Jones
Ce que nous promet le film : après avoir hésité, douté, reculé face à la perspective de bonheur immense que vous lui promettiez mais duquel il se sentait indigne (à cause d’une sombre histoire de traumatisme enfantin ayant entamé son estime de lui), il a décidé qu’il était prêt à vous aimer. Et il a décidé de vous le dire. A ce moment, qu’importe la tornade, la pluie, la neige, il va venir en bas de chez vous pour vous déclarer sa flamme.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Un mec qui vous attend en bas de chez vous sous la neige a un nom : « un putain de stalker ». Et s’il n’a d’autres choix que de vous attendre dehors par -12°C pour vous dire « je t’aime », c’est que jamais -au grand jamais- vous ne devrez le laisser monter chez vous.

• L’homme idéal est musicien  
Modèle : Adrien Brody dans Le Pianiste
Ce que nous promet le film  : Dans un piano-bar (??), l’homme se met au piano, et alors qu’il ne vous avait rien dit, vous découvrez qu’il joue aussi bien que Michel Pettrucciani, mais version beau-gosse. Alors, il se met à chanter cette chanson d’amour sublime, qu’il a écrite en pensant à vous. L’assistance pleure devant tant de beauté.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Votre mec s’entraîne longuement à jouer « Pepito Mi Corazon » au ukulele. Vos voisins sont venus se plaindre.

• L’homme idéal sait se battre  
Modèle : Nicolas Duvauchelle
Ce que nous promet le film : C’est un bad-boy, mais un bad-boy pour la cause. Il cassera la gueule à quiconque cherchera à vous faire du mal. De ses 6 ans d’entrainement dans un austère camp de boxe en Thaïlande, il est revenu avec la mission de vous protéger pour toujours.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Sur son épaule, sous un tatouage de tigre, l’homme réel a fait inscrire des idéogrammes japonais témoignant de son admiration pour Steven Seagal (« un vrai sage. Un maître. ») C’est un nerveux provocateur qui cherche l’embrouille dans la queue des cinémas, pour finalement voler son seau de popcorn à un enfant vulnérable.

• L’homme idéal a de l’hormone
Modèle : Javier Bardem (partout, sauf chez les frères Cohen où l’hérésie capillaire l’emporte sur sa virilité)
Ce que nous promet le film : Cet homme est de la testostérone en barre. Epaules larges, nez cassé, léger embonpoint au niveau du ventre… et surtout, bonne dose de poils. Un poil qu’il apprivoise et tond avec application, ce qui révolte les imberbes qui, à l’inverse, se rasent désespérément le duvet pour qu’il devienne plus dru (peine perdue).
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : C’est Zach Galifianakis (de Very Bad Trip) qui assure l’interim de Javier Bardem dans le monde réel. En le voyant déambuler dans votre salon, simplement vêtu d’une serviette de bain, et des miettes de cookie plein la barbe, vous le suppliez pour qu’il essaye l’épilation du dos.

• L’homme idéal parle peu mais toujours à bon escient
Modèle : Ryan Gosling dans Drive (encore)
Ce que nous promet le film : La plupart du temps, il vous écoute raconter votre vie, et ça ne le dérange pas que vos temps de parole respectifs soient répartis en 95/5. Lorsque c’est à son tour, il se contente de ponctuer la conversation avec des citations superbes. Cet homme conjugue parfaitement empathie et sens de la répartie.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Le mutisme de votre mec vous inquiète. A part pour vous informer qu’il n’y a plus de PQ, il ne vous parle pas. Ni de son bonheur, ni de ses questionnements, ni de votre couple… En fait, vous commencez à vous demander s’il comprend vraiment la langue. Parfois, vous doutez même qu’il ait une âme.


• L’homme idéal est sauvage et un peu cochonne  

Modèle : Vincent Gallo
Ce que nous promet le film : Bien que taiseux, on sent dans le regard de braise du Gallo que son esprit et son slip sont en ébullition. Tourmenté, fiévreux et dévoré par l’ardeur sexuelle, il est du genre à vous mettre des doigts dans la bouche sans sommation.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Francis Heaulme ? DSK ?

• L’homme idéal se sape comme un prince
Modèle : Georges Clooney
Ce que nous promet le film : Il peut porter un costume blanc sans avoir l’air d’un maquereau du Sentier. En le regardant, on pense à la chanson La Dolce Vita de Christophe « Et cette façon que tu avais de te serrer / Contre le revers de mon smoking blanc cassé / Je ne l’ai jamais retrouvée ». Alors, on rêve de mariage, chemise ouverte et pieds nus dans le sable.
Ce qu’il se passe dans la vraie vie : Si votre mec se décide finalement a aller faire du shopping, cela devra se passer sous haute surveillance. Sans gendarme du look, il serait capable d’aller chez Celio et revenir avec 7 paires de chaussettes Droopy.

La conclusion est claire : pourquoi rejoindre la triste et décevante réalité alors que le dvd, lui, ne nous décevra jamais? Truffaut l’avait dit, prenons en notre parti : « le cinéma est plus fort que la vie ».
Pour preuve, alors que chacun de nous vieillit, le petit bonhomme Mediavision reste éternellement jeune et ravi.
Et toujours joignable au 01 47 20 00 01.

L’anti loi Evin

Souvent, lorsque je révèle que je ne bois pas d’alcool, mon interlocuteur me répond, la voix outrée et l’haleine avinée : « Quoi ? Tu ne bois pas d’alcool ? Mais on doit se faire chier avec toi ! ».
Je te connais bien, lecteur. Tu penses que seul un gros con (ou son alter-ego féminin la grosse connasse) peut être à l’origine d’une telle répartie ?
Tu te trompes !
Evidemment qu’on se fait chier avec moi ! Prétendre qu’on s’amuse avec des gens sobres serait comme soutenir qu’on reste drôle après avoir eu un enfant : une affirmation mensongère et hypocrite.
Oui, les gens qui boivent sont mille fois plus marrants que les accros à la tisane-Banga. A vrai dire, les bourrés sont meilleurs que les sobres à tout point de vue !
Et voila pourquoi : 
 
– ils ont des talents artistiques :
En soirée, les gens bourrés révèlent leurs dons d’architectes d’intérieur et n’hésitent pas à twister le design d’un ascenseur avec un vomi.
L’estomac vide, mais l’esprit en éveil, leur sens mélodique se trouve aiguisé. Ils bondissent et se trémoussent sur du Gilbert Montagné en apostrophant leur voisin d’un « Ecoute cette ligne de basse comme elle déchire ! ».
Non contents d’être fins mélomanes, ils s’essaient avec succès au travail de mime, et excellent dans différentes interprétations d’Air Batterie, Air Guitare, Air Triangle, etc…
D’un certain goût pour la répétition (illustré par la reprogrammation 5 fois de suite de « On va s’aimer ») va finir par s’imposer un hymne de soirée, qui sera ensuite chanté à tue-tête dans la rue, en route pour le prochain bar.
A son passage, les gens sobres, jaloux de cette connivence du bourré avec le monde des arts, se contenteront de lui hurler « Ta gueule » en lançant des projectiles alimentaires périmés depuis leurs fenêtres.
 
 
– ils ont de l’humour :
Pour l’individu ivre, le comique de répétition est une valeur sûre. Mettons que le bourré détienne une blague d’excellente qualité (par exemple : « alors là, j’lui ai dit PAF le chien »), il va commencer par tester ce trait d’esprit sur lui-même. S’il se fait auto-marrer, il va alors souhaiter en faire profiter les personnes à proximité. Constatant qu’il se trouve toujours aussi drôle, et certain de détenir une perle Rire & Chansons, il ira ensuite évangéliser l’intégralité des membres de la soirée (amis proches, amis lointains, inconnus, forces de l’ordre…), et peut être même une partie de son répertoire téléphonique.
En effet, être bourré permet de tenir -à l’aise- sur la même blague entre minuit et 4h du matin.
Jusqu’à tomber sur un casseur d’ambiance : une personne sobre qui se contentera d’un austère et définitif « t’es lourd ».
 
 
– ils aiment l’aventure :
Etre saoul, c’est oser se mettre réellement en danger : courir sur les toits, conduire vite, provoquer un mec apparemment boxeur poids-lourd. Mais c’est aussi réinsuffler du romanesque dans le quotidien. Avec l’alcool, tout devient aventure intense : chevaucher le poussin sur ressort du jardin d’enfant public. Se péter la cheville en tombant de la table sur laquelle on avait entrepris un strip-tease…
Grâce au pouvoir magique de l’amnésie éthylique, le trivial devient épique, le banal se mue en chef d’oeuvre. Ainsi, l’homme bourré ne s’est pas endormi dans le métro jusqu’à son parking : il a découvert une civilisation souterraine. Ce visage tuméfié et ce portable perdu ne sont pas dus à une chute dans le caniveau, mais à une agression sauvage pour avoir défendu une personne âgée en difficulté.  
Pour atteindre cette qualité de grand frisson, la personne sobre n’aura d’autre moyen que de louer le DVD du Seigneur des Anneaux.
 
 
– ils ne sont qu’amour :  
Les bourrés ne voient plus avec leurs yeux. Ils voient avec leur coeur. Eclairée à la lumière de cette douce bienveillance, la réalité apparait soudain plus belle. Prenez cette fille là-bas : quelle merveille ! Quelle bombe ! Et cet homme : quelle grâce !
Là où les gens sobres ne constatent que dents gâtées et triple-menton, l’individu ivre sait détecter charme et intelligence. Fasciné, il sent monter en lui le besoin de jouir de cette beauté intérieure, de la ramener sous ses draps, pour caresser les poils de son poireau…   
Hélas, ce discernement ne survit pas toujours à la nuit. Et parfois, l’attrait indicible du laideron s’évanouit avec l’aube et la gueule de bois.
 
 
– ils ne sont que sensualité :
En buvant, on se rappelle que l’on a un corps. D’abord, on s’en souvient en écrasant les pieds de ses voisins et en se cognant dans les portes. Mais rapidement, cette conscience de soi un peu brutale laisse place à un frisson de sensualité et d’excitation. On ressent que l’on a un corps sexuel, fait pour séduire et pour toucher.
C’est ainsi que l’individu bourré (plutôt féminin, dans ce cas) se lance dans des exercices de lascivité : postures équivoques, regard arrogant, ondulations de lombric glamour…
Dans cette parade nuptiale, la personne sobre ne verra que strabisme, bourrelet apparent et entrejambe du collant au niveau des genoux. Mais s’il se trouve un homme lui-même bourré pour y assister, il est fort possible que le manège se solde par une presque-copulation sur voie publique.
A une certaine heure et à un certain degré d’alcoolémie, le mot pudeur renie son nom.
 
 
– ils défendent des adages latins (in vino veritas) :
Dans une société qui promeut souvent le mensonge et la dissimulation, les personnes ivres sont de salutaires défenseurs de la vérité.
Saoul, on ose se montrer dans la vérité de son être : allongé et blafard sur le sol de la cuisine, la main serrée sur le manche d’une casserole pour faire face au drame lorsqu’il se produira. On ose aussi assumer ses sentiments : en rappelant ses exs ou en déclarant son affection inconditionnelle à ses amis ou compagnons.
Et plus que tout, on veut inscrire la vérité dans notre corps. Alors, on répète « Faut que je te dise ! Regarde-moi dans les yeux ! Regarde-moi dans les yeux ! » à une personne qui s’obstine à nous apparaître en double.
Pendant ce temps, les personnes sobres soufflent dans leur jus de pomme, disant que les bourrés sont pénibles et leur font perdre patience. Assurément, elles mentent.

Nage en eaux troubles : la piscine municipale

Peut-être as tu suivi récemment ma première expérience au pays du fitness. Dans ce cas, on se connait un peu, et je n’ai donc pas le coeur de te mentir : je n’y suis jamais retournée. Enfin si, j’y suis retournée une fois mais il y avait trop de monde. J’étais prête à suer, pas à suer sur des inconnus. Alors, j’ai rebroussé chemin et suis partie à la recherche d’une nouvelle activité sportive.

Je dois être claire sur mes motivations. Pour moi, l’intérêt principal et quasi-exclusif d’une discipline sportive est de me permettre de rester (à peu près) mince sans me restreindre sur la nourriture. Eliminer me permet de manger. Et hélas, manger m’oblige à éliminer.
Pour le dire simplement : je ne suis pas une athlète. Plutôt une minette. Voire une pépette.

Bref, j’ai donc réfléchi à ce que je pourrais faire à Paris pour faire fonctionner efficacement mon balancier Effort & Réconfort.
Je suis opposée à l’idée d’aller pousser de la fonte dans un quelconque club sportif qui se croit à New York sur Seine.
Je ne sais pas courir (et ça, j’en parlerai peut-être une autre fois).
Le tour de la question a été fait rapidement : il ne me restait que la piscine municipale.

Certes, la piscine municipale n’est pas la mer. Mais au moins, en tout cas théoriquement, à la piscine municipale, il n’y a pas de requin. Et on ne marche pas sur des choses étranges (des algues), dangereuses (des oursins) ou dégueulasses (des concombres de mer).
J’espère que vous avez lu ce dernier passage attentivement, car le mot « théoriquement » qui y figure est assez important.

Bref. C’est l’hiver. Il fait moins 12, il neige (tu es sur Facebook, tu es donc forcément au courant), et évidemment, tu ne peux pas avoir envie d’aller te jeter dans un bassin froid qui sent le chlore.
Mais puisque c’est l’hiver, qu’il fait moins 12 et qu’il neige, tu as apprécié plus que de raison ces plats qui réchauffent le coeur que sont la fondue, la tartiflette ou le kloug.

Tu le sais et le miroir de ta salle de bain aussi, lui qui te regarde en te disant : « Ah ben ça va les hanches en ce moment, on se la donne bien à ce que je vois ! ».
Tu lui réponds : « ta gueule, je vais à la piscine« .
Oui, cette réponse est brutale, mais on sera polis quand notre miroir arrêtera de nous dire des saloperies.

Te voilà donc dans les rues de Paris, fier et volontaire, en route vers cette piscine que tu as identifiée.

Il est important que tu en choisisses une où il y a deux bassins : un bassin enfant et un bassin adulte. Car depuis que les enfants savent qu’en fait, il n’existe pas de substance chimique qui rend l’eau rouge autour d’eux s’ils s’urinent dessus, je sais qu’ils s’en donnent à coeur joie.
Se séparer des plus petits est donc une mesure nécessaire pour quiconque ne souhaite pas infuser dans le bol à pisse. Ne rendons pas la chose plus difficile qu’elle ne l’est déjà.

Bref, tu arrives à la piscine, et quand tu passes la porte, tu es assailli par ces voix, ces cris et ces bruits d’eau qui se mélangent et se font écho dans une tumulte assourdissant.
« C’EST COMBIEN ? » hurles-tu à la caissière qui est sourde depuis longtemps.

Après t’être changé aux vestiaires, tu prends la direction des casiers, où il est indiqué que tu dois laisser tes affaires personnelles, et ta dignité.
Il n’y a en effet aucune chance de te sortir dignement de ce qui t’attend :
– L’éclairage a été posé par le même prestataire qui a commis l’ambiance lumineuse de chez Ed.
– Tu vas porter un maillot de sport laid.
– Tu vas porter un bonnet de bain, dont le ridicule ne peut rivaliser qu’avec le casque suppo des cyclistes (Suppo n’est pas une marque).

Après avoir eu autant de mal à enfiler ton bonnet que tu en as à faire rentrer une grosse salade verte dans un sachet plastique, tu arrives dans les douches.
Là, il y a toujours des personnes (et plutôt pas des bombasses) totalement nues occupées à se malaxer. Elles font rebondir leurs seins et leurs fesses sous leurs mains et sous la mousse. (J’imagine avec peine le spectacle dans les douches des hommes). Evidemment, tu essayes de ne pas regarder, mais évidemment, tu es fasciné par l’indécence du spectacle.

Tu fuis, mais dans ta fuite tu es arrêté par LA DOUVE, que le langage moderne appelle le pédiluve. Infranchissable d’un bond, elle est pleine d’animaux et substances féroces bien qu’invisibles.
Ici, il serait encore temps de faire marche arrière. Mais non. Tu es brave et déterminé.
Après avoir traversé la douve tant bien que mal, tu savoures cette odeur de chlore qui te saute à la gorge. C’est la promesse d’une désinfection radicale de ce que viennent de subir tes pieds.

Tu bondis dans la piscine, ivre de joie, tel un dauphin de calendrier PTT. Et alors tu découvres tes compagnons de bassin.

Il y a plein de gens apparemment normaux, qui nagent tranquillement et consciencieusement, à la file. Et il y a deux malades : le grand-requin et la raie manta.

Le grand-requin est un mec qui doit venir à la piscine tous les jours. Plus exactement c’est un mec qui doit vivre DANS la piscine (depuis qu’il a vu WaterWorld, un film qui a fait des dégâts, et pas seulement dans l’industrie du cinéma). Il a un équipement d’énervé : bonnet latex, pince nez, lunettes effilées, palmes. Ou pire : monopalme.
A aucun moment quand ce mec est sorti de son bassin pour aller en slip de bain chez Decathlon, il ne s’est dit : « si j’achète une monopalme, il va y avoir un problème de cadence avec les autres nageurs de la piscine ».
Non ! Car ce mec est un prédateur ! Il s’en fout du petit poisson comme toi. Il te double, il te donne des grands coups de palme dans la gueule, il te fait un aplat de la main dans la face, il te fait des queues de poisson…
Il s’en fout de toi.
Pourquoi ?
Parce qu’il en a après la raie manta.

La raie manta, c’est une grosse vieille dame qui porte un bonnet de bain fait dans du papier à bulles de couleur parme. Elle nage lentement sur le dos, elle lance mollement ses bras en arrière, elle zigzague, elle obstrue une travée entière.
Elle kiffe.

Forcément, la raie manta ne se doute de rien, mais le grand requin veut l’éliminer. Toi aussi d’ailleurs, mais tu n’as pas sa puissance ou sa monopalme. Alors tu regardes ces deux géants aquatiques se livrer une lutte à mort.
Tu essayes péniblement de te frayer un chemin entre les deux.
Mais c’est difficile, presque impossible.
Bien vite, tu abdiques.

En fait tu abdiques lorsque, en reprenant ta respiration, tu reçois un pansement dans la bouche.

Manifestement, n’y a pas de place pour toi, ici.

Tu sors de l’eau. Tu cours aux vestiaires. Le sol est humide, des choses inconnues se collent sous la plante de tes pieds, pieds que tu dois ensuite faire passer dans les jambes de ton pantalon.
Tu cours à l’extérieur.
Le froid du dehors te gifle dès que tu franchis la porte. Tu marches dans la ville, énervé, le cheveu mouillé sous le bonnet, la peau du bout des doigts fripée, balloté par les vents comme une vieille souche sur l’océan.

Et puis un phare s’éclaire au milieu de la tempête intérieure. Une lumière chaude et douce, une promesse de bonheur : la devanture d’une boulangerie.
Posé devant toi, il y a une mignonne religieuse au chocolat qui te dit « mange-moi, mange-moi« .

A ta place, je ferais comme toi.

L’aimes-tu vraiment ? Pour le savoir, envoie BAIZ au 3625 !

Ca y est, tu es en couple. Enfin, disons que ça fait plusieurs fois que tu te réveilles à côté de la même personne. Que vous passez d’agréables soirées tous les deux. Que vous vous quittez chaque matin en étant certains de vous revoir bientôt. Que des échanges de SMS sympas ponctuent vos journées.
A priori, tout va bien.
Sauf que…
Sauf que quelque chose te gêne.
Quelque chose qui t’irrite encore plus que le générique de France Info qui passe en boucle chez le voisin.

En fait, tu ne sais pas si tu aimes cette personne que tu fréquentes ou si avec elle, tu passes juste le temps.
Quand tes amis te posent la question « LOVE ? » avec des oursons pleins les yeux, tu hausses mollement les épaules.
Tu ne connais pas tes sentiments : tu ne connais que tes doutes.

C’est vrai, tu n’as pas de papillons dans le ventre quand tu le/la vois. Quelques matins, tu pars bien lui acheter des croissants, mais sur la route, tu ne chantes pas en tournant sur toi-même, pas plus que tu n’embrasses la boulangère sur la bouche, dans un élan d’allégresse. Ta vie ne ressemble pas à une comédie musicale, et ça te trouble un peu.

Evidemment, la question « Je l’aime, ou pas ? » devrait bien finir par s’élucider naturellement. Car comme le disait Axelle Red : « désir ou amouhour, tu le sauras un jouhour ». D’accord Axelle, cependant, on n’a pas tout notre temps non plus.

Voici donc, pour toutes les miss et tous les bogoss en quête de l’amour véritable, le test imparable pour savoir si avec ce nouveau date, ça va plutôt passer, ou plutôt durer.

 

• La main sur le visage :
C’est le critère numéro 1, l’as des as. Car qu’est ce que l’amour sinon autoriser quelqu’un à poser longuement sa main sur notre visage ?
Si tu permets ce doigté facial et le laisses durer, ne te perds plus dans d’inutiles doutes : tu es éperdu(e) d’amour. Il est donc vain de continuer ce test.
Mais si la main qui approche ton visage te donne envie de fuir ou d’appeler au secours… ce n’est pas l’amour, c’est ton rendez-vous chez le dentiste.

 

• La sublimation :
S’il y a des choses chez lui/elle qui te déplairaient chez un/e autre, mais qui te fascinent chez l’objet de tes désirs ; par exemple, si tu trouves que son goitre est magnifique… c’est l’amour.
Mais si tu regardes son goitre de biais et ne peux t’empêcher de trouver à ton date une ressemblance avec une vieille oie ménopausée… ce n’est pas l’amour, c’est ta passion pour les documentaires animaliers.

 

• La négociation intestinale :
Si tu n’oses pas avouer à ton date que tu as une activité gastrique, et qu’après un week-end passé ensemble tu es au bord de l’occlusion intestinale… c’est l’amour.
Mais si tu t’en fous de casser les chiottes de son appartement, ou de péter sous sa couette après lui avoir fait tirer sur ton doigt… ce n’est pas l’amour, c’est ta relecture toute personnelle des grands codes de la séduction.

 

• L’empathie amoureuse :
Si en voyant des adolescents laids se furer dans le métro (attention, pas « se fourrer » : se furer. Se furer (expression marseillaise) veut dire se rouler de la grosse pelle avec la langue qui sort, les bruits, les bulles, la bave, itou). Donc, si en voyant des adolescents laids se furer dans le métro, tu penses « Aaaaaaah, c’est le printemps », avec émotion et tendresse… c’est l’amour.
Mais si en voyant des adolescents laids se furer dans le métro, tu soupires avec dégoût « Get a room and some Biactol, kids »… ce n’est pas l’amour, c’est l’amertume de l’âge adulte.

 

• La timidité :
Si tu hésites un peu avant de lui parler, si tu as peur de son jugement, si pour réussir à t’exprimer tu as besoin de reprendre 3 mojitos, et que du coup tu parles trop, et que parfois même après tu vomis… c’est l’amour.
Mais si tes paumes et ton front moites viennent s’ajouter aux vingt litres de sueur que tu as déjà perdus dans la journée rien qu’à imaginer qu’il fallait que tu ailles acheter un timbre à la Poste et peut-être interagir avec d’autres êtres humains… ce n’est pas l’amour, c’est ta phobie sociale.

 

• Le partage alimentaire :
Si tu es prêt à lui donner la dernière bouchée de ton tiramisu, la plus grosse assiette, le morceau de baguette que tu préfères… c’est l’amour.
Mais si tu as toujours l’impression qu’il/elle a plus que toi et qu’il/elle peut bien crever pour avoir le dernier carré de chocolat… ce n’est pas l’amour, c’est ta boulimie.

 

• L’indulgence :
Si tu trouves que ses blagues ne sont pas drôles, mais qu’elles te font quand même rire de bon coeur… c’est l’amour.
Mais si tu trouves que ses blagues ne sont pas drôles, et que tu te sens forcé/e de rire… ce n’est pas l’amour, c’est ton boss.

 

• L’épreuve du feu : le point Méphisto.
Tu as choisi les premières propositions dans tous les points précédents. Soulagé/e, tu sais désormais que tu as un coeur, et que l’amour a fait de toi son nouveau domicile. Pourtant, comme tout débat houleux atteint son point Godwin, toute réflexion amoureuse passe nécessairement par la vérification ultime : le point Méphisto.
A savoir : tu penses que tu l’aimes, mais l’aimerais-tu encore… s’il/elle portait des Méphistos ? (tous les jours hein, pas une fois de temps en temps).
Ou si il/elle avait deux jambes de bois (avec des Méphistos au bout), des posters de Laurent Romejko, 164 kilos de plus, une passion coupable pour les fruits pourris, un passé de sosie officiel de Johnny ?

Si tu es prêt(e) à répondre « Oui » à cette dernière question,  alors je te le confirme : ton date et toi resterez ensemble, le proclamerez bientôt sur Facebook, ferez des enfants que vous déguiserez en abeille ou en papillon, et tu oublieras finalement le pronom « je » au profit du pronom « nous » pour clamer au monde « nous nous aimons, nous allons prendre un crédit chez Sofinco ».

 

Longue vie à vous, lovers !
Et bonne chance à vous, haters !

La loi d’Orly, ou théorie empirique des voyages aériens

Hier, coincée en transfert pendant 9 heures dans l’un des aéroports surclimatisés d’un archipel ensoleillé, j’ai eu le loisir d’observer mes congénères. De cette contemplation molle, baignée dans le Sprite Zero et la musique d’ambiance commercialement exotique, j’ai pris le temps de déduire qu’à part notre front rouge et nos fesses pâles, rien ne nous distinguait des autres voyageurs qui transitaient au même moment sur le reste de la planète.

Car les aéroports sont une seule et même nation morcelée sous différentes latitudes. Et tous les citoyens de cette terre éclatée se comportent avec la même ferveur nationaliste, répétant les mêmes rituels à travers le monde.
Rituels que voici :

– Aujourd’hui, tu prends l’avion, et naturellement, tu ressens ce petit pincement au ventre et l’enthousiasme effréné des premiers conquistadores. C’est cet enthousiasme qui, alors que tu es déjà passablement en retard, te fait regarder la vie en mode gagnant : ton retard pourrait bien signifier que, grâce aux joies du surbooking, tu vas te retrouver surclassé. Tu as déjà entendu mille histoires de ce genre ; ça ne t’est encore jamais arrivé : apparemment, la statistique joue de ton côté.
– Tu arrives à l’aéroport et te diriges vers ton bureau d’enregistrement. Tu fais rouler avec grâce ta valise derrière toi, tu relèves tes RayBan de contrefaçon, tu relèves un de tes sourcils, tu baisses sur l’agent ce regard de vainqueur qui veut dire « Business Class Winner », et alors que tu entends tout l’aéroport chanter pour toi « I believe I can fly, I believe I can touch the sky« , l’agent aérien te tend ton billet. Sur lequel est écrit : Siège 35B.
Un 35 comme « au fond de l’avion avec les pauvres« .
Un B comme « Bonne chance pour tes 10 heures de vol pris en sandwich entre les voyageurs des sièges 35A et 35C« .
– Tu te diriges vers la douane. Un enfant que ses parents ont laissé jouer avec un chariot « parce que c’est les vacances » te roule sur le pied.
– Certains aéroports exigent qu’on enlève ses chaussures au moment de passer la douane. Tu n’étais visiblement pas préparé à ça, mais grâce au trou dans ta chaussette, tu peux voir que ton orteil écrasé est entrain de devenir bleu.
– Te voilà dans la zone des départs, appelée aussi Zone Duty Free, qui réveille en toi cette soif inextinguible de bonnes affaires. Une fois dépassée la section bien connue des parfums/alcools/cigarettes, tu découvres le véritable voyage dans le voyage : le flot des articles estampillés « souvenirs ». Une cohorte de produits passés sous les fourches caudines d’un jury impitoyable, qui les a sélectionnés pour leur laideur et leur absurdité : des peluches vêtues de t-shirts à message, des portefeuilles en forme de saucisse, des magnets indécents, des boules à neige…
– Tu te décides pour un santon dauphin au rapport qualité-prix imbattable.
– La zone des départs est apparemment aussi une zone de non-droit diététique. Partout, des passagers se la donnent sévère avec des Toblerone géants.
– Ta porte d’embarquement est annoncée. En la rejoignant, tu entres dans l’arène de la jauge. Tu répertories le nombre d’enfants en bas âge, d’obèses et de personnes âgées, et prie pour qu’aucun d’eux ne soit assis à côté de toi dans l’avion. A l’inverse, tu envoies tes ondes positives à cette personne outrageusement sexy, car tu ne serais pas gêné de partager un peu de ton siège avec son généreux fessier. Si tu es une vieille personne en surpoids, tu peux aussi participer, mais en essayant de te faire discret.
– Les voyageurs sont appelés à embarquer. Jusque là tranquillement assis, ils se transforment soudain en banc de saumons souhaitant remonter le courant… mais se trouvent coincés dans l’écluse des portes automatiques.
– Tu restes assis. Que tu te presses ou non, ton destin est déjà écrit et ne sera pas déjoué : 35B.
– Entré dans l’avion et claudiquant vers ton siège, tu remarques, assis à leur place et à moitié verts, les phobiques du voyage aérien. Déjà confits dans le Lexomil et l’alcool fort, ils effectuent des signes de croix comme des vieilles dames napolitaines.
– Rang 35 : contre le hublot, une gentille personnage âgée. Côté couloir, un jeune garçon. Dans ta tête, son visage vient se superposer sur celui du diable au chariot qui t’a fêlé un orteil deux heures plus tôt. Tu le reconnais. Lui non. Si ses jambes étaient assez longues pour toucher le sol, tu n’aurais pas hésité à prendre ta revanche, à l’aide de ton pied encore valide.
– En plein décollage, la personne âgée à ta gauche essaie de se lever. Elle aurait peut-être du signaler sa faible capacité urinaire avant d’être parquée côté fenêtre.
– Plateau-repas à la composition inconnue.
– Tu commences à te sentir un peu engourdi. Ta tête tombe brutalement vers l’avant, et tu la relèves dans un réflexe. Puis elle tombe à droite. Tu la relèves brusquement. Dans ton demi-sommeil, tu vois passer ces coussins en forme de croissant que tu as vus à côté de l’anti-stress-banane dans une des boutiques Duty Free. Tu comprends.
– Alors que tu allais vraiment t’endormir, la personne âgée à ta gauche vient de se lever en prenant appui sur ta tête. En attendant son retour, tu regardes les autres passagers pour t’inspirer de leurs techniques narcotiques. Tête posée sur le plateau, corps désarticulé, tête renversée bouche grande ouverte : chacun fait ce qu’il peut.
– Tu regardes un film en VF. Tu n’en diras pas le titre, car tu n’assumerais jamais ce choix dans la vie réelle.
– Il parait qu’il y a des gens qui ont déjà copulé dans les toilettes d’un avion. A-t-on des indications sanitaires sur les suites infectieuses d’une telle activité ? C’est ce que tu te demandes en t’employant à te faire des moufles avec les essuies-mains pour être certain de ne rien toucher.
– Nouveau film en VF.
– Ta tête tombe à gauche. Tu la relèves brusquement.
– Tu abuses de ton statut d’adulte pour confisquer la console de jeu de l’enfant à ta droite. Ton orteil te rappelle qu’il l’a bien mérité.
– Deuxième plateau-repas à la composition inconnue.
– Quelqu’un, pas loin, profite des bruits des moteurs et de la promiscuité pour lâcher des caisses en toute impunité.
– Atterrissage. Certains applaudissent pendant que d’autres lèvent des yeux blasés.
– Face à un personnel aérien impuissant à le canaliser, le banc de saumons se reforme, récupérant ses bagages dans les coffres alors que l’avion roule encore sur la piste.
– Après ces longues heures d’intimité, 400 voyageurs se quittent sans un mot et sans regret, devant le ronronnement indifférent du tapis à bagages.

Jusqu’au prochain voyage.

Page 1 sur 212