Leçon de savoir-vivre #1 : Comment écourter une discussion ennuyeuse ?

Il nous arrive à tous, plus ou moins régulièrement, d’être retenu en otage d’une discussion qui nous ennuie profondément. Peuvent être en cause la personne qui nous parle ou le sujet abordé. Parfois hélas, ce peuvent être les deux.

Différentes situations peuvent être le théâtre de ce moment accablant, par exemple :
– « Les noces de feu », STARRING un vieil oncle qui vous a coincé près de la table à champagne ;
– « L’enfer de la fête », avec en GUEST STAR une personne qui vous a pressé contre le lavabo de la cuisine, dans l’innocente « contre-soirée » qui s’y tenait ;
– « Panique sur le pot d’entreprise », FEATURING une collègue qui vous a bloqué près du pain surprise (saumon / mousse de canard / fromage frais ciboulette) ;
– « Le date de l’angoisse », WITH vous-même dans le rôle du preneur d’otage qui a un bout de tripoux sur la joue.

Puisque, à moins de renoncer à toute vie sociale, il est certain que chacun d’entre vous se retrouvera tôt ou tard à nouveau impliqué dans ce genre de mise en scène problématique, la Baronne von La Nègre (dont je ne suis que le diligent scribe) se propose donc de consacrer la leçon de savoir-vivre du jour à la question suivante : comment se sortir d’une discussion ennuyeuse, tout en respectant la bienséance contemporaine, et la dignité de votre interlocuteur ?

Pour plus de pédagogie, notre démonstration sera divisée en deux parties : les « Don’t » et les « Do ». Soit les vilaines pratiques auxquelles vous devriez renoncer, et les vertueuses qu’il serait bien avisé d’adopter.

 

DON’T

• Dire ce que vous pensez :
« Non, vraiment, ce que tu racontes m’ennuie prodigieusement. Je t’en prie, ferme-la« . Aussi pénible vous soit-il, votre interlocuteur ne mérite pas ça. Votre avis sur sa conversation ne vous donne aucun droit de l’humilier. Surtout, avant d’ouvrir la bouche, souvenez-vous que la personne pénible qui raconte des trucs pénibles peut aussi être vous. On est toujours le boulet de quelqu’un, et lorsqu’on revêt cette lourde casquette, croyez-moi : on n’a pas envie qu’on nous dise sans ambages que notre conversation fait plus mal à la tête qu’une barre de haschich coupée au plastique.
Soyez magnanime : ne faites pas ce que vous n’aimeriez pas qu’on vous fasse.
Si la logique de cet argument vous dépasse malgré notre métaphore opiacée, vous êtes un hooligan, vous ne respectez rien, votre place n’est pas ici. Ouste !

• Simuler l’intérêt :
Je ne sais pas d’où vous tenez cette croyance, mais ce n’est pas en simulant l’intérêt que la conversation se terminera plus vite. Vos sourires, vos « ha ? ha ! haaaa ! oh oui ! » n’ont aucune chance de venir à bout de votre interlocuteur. Vous espérez que la jouissance verbale le mène rapidement au silence et à l’épuisement ? Hélas, mon enfant, pour peu qu’il s’agisse d’un orateur endurant ou d’une professionnelle de la langue, vos encouragements le/la mèneront plutôt jusqu’au bout de la nuit.

• Bailler, puis vous endormir :
Nous avons convenu que cet article devait vous aider à vous extirper d’une situation fâcheuse. Nous ne vous aiderons donc en aucun cas à orchestrer votre renoncement. Allons, du nerf, reprenez-vous ! Pensez à votre famille ! Aux gens que vous aimez ! Résistez ! Battez-vous !

DO

Redirigez la discussion vers un sujet qui vous intéresse :
Par exemple vous-même. Monopolisez la conversation. Pendant que vous dissertez sur vos amis, vos amours, votre emploi, votre chien Titou, votre enfant Titouan, ce coup fourré que vous a fait tel(le) collègue, calculez l’économie substantielle que vous êtes entrain de réaliser. A 80€ l’heure de psy, cette petite demie-heure de confession intime vous a fait économiser la coquette somme de 40€ !
Qui plus est, vous avez réussi à vous débarrasser de votre interlocuteur qui est parvenu à s’enfuir au moment où vous alliez lui parler de votre passion pour le Rubik’s Cube (sans doute avait-il déjà lu la suite de cet article).

• (Prétendez que vous) Recevez un SMS
Pendant que la personne vous parle, vous recevez un SMS qui vous fait éclater de rire.
« Ha! Ha ! Qu’il est drôle ce Jonathan !« , vous esclaffez-vous.
Déstabilisé mais partageur, votre interlocuteur cherche à connaître la blague en question qui l’a interrompu au beau milieu de son histoire. Répondez-lui simplement « Non non rien », et remettez votre téléphone dans votre poche.
Alors qu’il recommence à parler, faites-lui le même coup plusieurs fois de suite.
Choisissez bien vos moments, avec une préférence pour les zones particulièrement dramatiques du récit (la perte d’une carte maîtresse dans son jeu Magic, la bonne cuisson de la choucroute de la mer, etc…).
Non, ce n’est pas votre faute, c’est celle de ce monde qui nous oblige à être perpétuellement hyper-connecté.

• (Prétendez que vous) Recevez un appel
Quand vous avez vu que la situation se corsait, vous avez placé subrepticement votre téléphone dans votre poche. Tapi dans l’ombre, l’allié mobile attend le moment où il pourra vous secourir. Ce moment rare se présente lorsque votre interlocuteur reprend sa respiration dans son haletant récit. Vous vous engouffrez dans la brèche et placez un : « Ha ? Attends deux secondes ! » tout en sortant votre portable de votre poche pour vous le coller sur l’oreille.
Allo ? Oui ? Oui ? NON ! C’est pas vrai ?
Et vous vous éloignez en feignant une discussion plus cruciale que celle que vous subissiez jusqu’alors.
Attention, si vous pratiquez cette supercherie dite de « l’appel imaginaire », faites en sorte que votre portable soit éteint pour que vous ne receviez pas VRAIMENT un appel à ce moment précis. Votre téléphone sonnant contre votre oreille risque fort de casser votre mythe.

• Faites appel à un ami
Cette discussion dure depuis trop longtemps. Vous vous liquéfiez, vous faites naufrage, vous perdez espoir. Quand soudain, par dessus l’épaule du preneur d’otage, vous apercevez un visage connu. Allez-vous laisser passer votre chance ?
Immédiatement, vous sortez vos balises de détresse et vous agitez vos bras comme le poulpe ses tentacules. « Wouhou !!!! Wouuuuuuhouuuuuuuu !!!! Jacqueline !!! »
Jacqueline vous voit, vous sourit, se dirige vers vous (vous vivez en ralenti cette arrivée inespérée), elle est là, elle vous parle, elle vous sauve, elle tarit temporairement le flot de paroles du bavard/e qui vous noyait sous ses mots. Vous êtes heureux et reconnaissant. Vous êtes amour pour Jacqueline.
Et pourtant, comment allez-vous lui témoigner votre gratitude dans moins de 5 minutes ? En vous dérobant discrètement alors que votre tortionnaire aura commencé à lui manifester quelque intérêt ? En prétextant que vous devez faire un saut aux toilettes et en la LIVRANT à votre bourreau ?
Traître ! Félon ! Si c’est ainsi que vous traitez vos amis, vous ne les garderez pas longtemps. Et bientôt vous paierez pour vos crimes en ne fréquentant que des gens à la conversation terrifiante.

Impliquer vos amis est moralement répréhensible et n’est pas digne d’un homme ou d’une femme du monde. Passez donc directement à l’étape suivante.

• Demandez poliment où se trouvent les toilettes
Cette technique consiste à dire que vous DEVEZ vous déplacer SEUL(E), et LOIN du lieu de la discussion.
Certains, réticents à parler toilettes, se sont essayés au « Je vais me resservir un verre« . Ils ont hélas découvert que trop souvent, l’interlocuteur se proposait d’aller les resservir à leur place, les traquant ensuite sans relâche avec ses deux verres à la main (et peut-être du GHB dans l’un d’eux).
Dans le cas des toilettes, si votre contact vous propose une quelconque aide, il vous servira sur un plateau d’argent l’argument qui vous permettra de le laisser définitivement en plan (OBSÉDÉ(E) ! MONSTRE ! COQUIN(E) !).
Evidemment, après les toilettes, ne revenez pas. Et n’oubliez pas que cette technique est un « One Shot », si vous ne voulez pas que la glue vous traque avec un verre de Smecta (+ GHB, donc).

• Disparaissez
Si aucune autre technique de retrait n’a fonctionné et que la personne que vous voulez fuir est toujours près de vous, fidèle et têtue, cette stratégie dite « du siège éjectable » est la solution du dernier recours. Il en existe deux versions.

La dramatique :
– Mon Dieu, il faut que je parte tout de suite !
– Qu’est ce qu’il se passe ?
– Je t’expliquerai ! (dans tes rêves)

La sobre :
– Bon, ben je dois y aller.
– Oh ben c’est dommage !
– Oui. C’est la vie.

Dans les deux cas, une seule et même issue :  Allez, salut !

 

Merci de votre attention, mes agneaux.
La prochaine fois, nous réfléchirons ensemble à la question suivante : Est-il judicieux de comparer sa petite-amie à sa mère ?

 

PS : En photo, notre exemple, notre maîtresse, notre déesse : Nadine de Rothschild qui a dédié sa vie à nous enseigner que le linge de cuisine peut aussi faire de merveilleux turbans.