Mon corps, pourquoi m’embarrasses-tu ?

Dans notre société contemporaine, on oublie souvent que l’homme ne gouverne pas la nature. D’ordinaire indulgente, Mère Nature nous rappelle parfois sa toute puissance en faisant fondre sur nous des ouragans et tsunamis dévastateurs.
Le reste du temps, elle nous montre aussi qui est le boss de manière plus subtile, par le biais de notre corps.
Tous les jours, à travers notre enveloppe charnelle, la nature se plait à nous jouer des tours, et à nous indiquer notre condition de simple mortel.

Voici un tour d’horizon des situations où notre corps nous prouve que même si nous nous donnons du mal, jamais nous ne maîtrisons pleinement la situation.

• la main moite

C’est un grand classique : vous serrez la main de votre interlocuteur, et lorsqu’il la retire, vous le voyez se l’essuyer promptement sur le tissu de son pantalon. Sur son visage, vous lisez la même angoisse dégoutée que s’il venait de caresser une couleuvre. Ca commence bien.

• la voix qui déraille

Ca se passe toujours à un instant crucial, lorsque vous devez prendre la parole en réunion, ou lorsque c’est le moment de dire « Oui » à votre mariage.
Après être resté longtemps silencieux, vous ouvrez la bouche, et sans crier gare, votre voix s’enroue comme un adolescent en pleine puberté.
Comme si cela ne suffisait pas, votre prise de parole peut également cumuler d’autres facteurs aggravants comme le petit rot mal dissimulé, le reflux gastrique ou la fameuse PÂTEUSE, bien connue des amateurs de substances illicites.

• le (très gros) bouton

Il fait sentir son arrivée de préférence à la veille d’un rendez-vous important (rencontre galante, entretien d’embauche, etc.). Pendant 24h, il vous plonge dans un débat stérile avec vous-même : « je le touche, ou je le touche pas ? ».
Débat stérile donc, et perdu d’avance, car après avoir résisté pendant des heures au prix d’un effort colossal, n’y tenant plus, vous tripotez et compressez l’importun 30 minutes avant votre rendez-vous, où vous vous rendez donc, à moitié défiguré malgré une couche indécente de fond de teint.
Alors que votre interlocuteur fasciné est incapable de vous regarder dans les yeux, vous hésitez à prétexter une piqure d’araignée ou d’un autre prédateur.
Cela vaut toujours mieux que de confesser que cet accès de sébum est dû à une consommation excessive de chips et de saindoux.

• le végétal sur la dent

Il s’agit d’un grand classique absolument pernicieux, car vous ne vous doutez de rien jusqu’à ce que ce végétal collé sur votre incisive vous apparaisse à la faveur d’un miroir (et cela peut durer longtemps).
Le persil sur la dent est très solitaire, car rares sont les interlocuteurs qui seront prêts à interrompre vos rires à gorge déployée pour vous avertir de l’horreur de la situation.
La prochaine fois, au lieu de vous la jouer healthy avec de la roquette, vous prendrez une andouillette.

• les flatulences

Ne prenez pas cet air dégouté, ce sujet est inévitable lorsqu’on aborde les trahisons ordinaires que nous réserve notre corps. Il arrive que le pet nous saisisse lorsque nous sommes seul, et alors tout se passe à peu près bien.
Il arrive aussi qu’il se manifeste dans un lieu public. Il vous est alors loisible de faire porter la responsabilité à quelqu’un d’autre, en simulant une mine offusquée.
Mais il arrive enfin que le pet frappe à votre porte en situation confinée : en couple, en réunion, dans un ascenseur.
Ce qui vous attend alors est un choix entre la peste et le choléra : la mort sociale ou la mort par tentative désespérée de contenir vos flatulences.
Bonne chance.

• la vanité

Dans toutes les situations précédentes, ce sont des parties de votre corps qui jouent contre vous. Mais en définitive, c’est votre corps tout entier qui peut vous paraitre traître.
En effet, au quotidien, vous vous donnez un mal de chien pour contrôler votre image. Sur les réseaux sociaux, vous ne publiez que des photos où vous êtes à votre avantage et sur lesquelles – soyons honnêtes – on ne vous reconnait quasiment pas.
Mais il arrive parfois qu’un ami inconscient publie sans votre approbation une photo de soirée ordinaire où l’on distingue clairement votre double menton / votre calvitie naissante / votre débordement de cellulite. L’insolent serait même capable d’ajouter « Tu es vachement bien sur cette photo ! ».

Oui, nous avons tous été confrontés à cette photo qui ne nous rend pas hommage, et nous rappelle que bien qu’il soit nôtre, notre corps échappe à notre volonté d’être modelé selon nos fantasmes.
Face à cette trahison de nos ambitions, nous sont offertes deux possibilités : le reproche et la gêne, ou l’humilité d’accepter ce corps qui ose se montrer tel qu’il est.
Comique malgré lui, indifférent à notre ego et heureusement imparfait.